Les véritables origines de Dracula n’ont étonnamment pas grand-chose à voir avec les vampires
Vous êtes-vous déjà demandé comment Dracula et son image emblématique de vampire avaient vu le jour ? Car avant la cape, les crocs, le fait de sucer le sang et l’aversion pour la lumière du soleil, il y avait un vrai Dracula, et ce n’était même pas un vampire. Vlad III de Valachie était un souverain du XVe siècle dont la réputation de brutalité s’était déjà répandue à travers l’Europe plusieurs siècles avant que Bram Stoker ne s’empare de son nom. Mais comment un prince valaque est-il devenu le vampire le plus célèbre au monde ?
1. L'Ordre du Dragon et un nom qui lui a survécu
En 1431, le futur empereur du Saint-Empire romain germanique, Sigismond, admit Vlad II au sein de l’Ordre du Dragon, une confrérie chevaleresque créée pour protéger la chrétienté contre l’avancée ottomane. Vlad II se mit alors à se faire appeler Dracul (dragon). Son fils, né à peu près à la même époque, fut surnommé Dracula (fils du dragon).
2. Les premières années de Vlad III
Vlad III est né vers 1431, probablement à Sighișoara, en Transylvanie, où son père vivait alors en exil, bien que la Valachie fût restée la principauté d’origine de la famille. En 1442, Vlad et son frère, Radu, furent envoyés à la cour ottomane en tant qu’otages politiques, un détail que les historiens soulignent souvent lorsqu’ils expliquent les relations ultérieures de Vlad avec les Ottomans.
3. Vlad III était voïvode (prince) de Valachie, et non de Transylvanie
Vlad III était le voïvode (prince) de Valachie, une principauté située au sud des Carpates. La Valachie n’était pas la Transylvanie, qui était une autre région gouvernée par le roi de Hongrie. Il occupa la fonction de voïvode à trois reprises entre 1448 et 1476. Son premier règne, qui débuta en 1456 et qui est le mieux documenté, prit fin en 1462.
4. Une petite principauté prise en étau entre deux grandes puissances
La Valachie était située entre l’Empire ottoman en pleine expansion et le royaume de Hongrie. Ses souverains devaient jouer les deux camps l’un contre l’autre s’ils voulaient survivre. Les voïvodes valaques versaient souvent un tribut au sultan ottoman, mais comptaient également sur le soutien du royaume de Hongrie. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre les relations ultérieures de Vlad III avec les Ottomans, notamment sa décision de leur tenir tête dès son accession au trône en 1456.
5. La terreur comme outil de gouvernement
Vlad III recourait à l’empalement, une méthode attestée, pour exécuter ses adversaires politiques, les criminels et les soldats ottomans. Les historiens ont décrit l’empalement comme une forme de guerre psychologique asymétrique et de moyen de dissuasion juridique du XVe siècle, destinée à semer la terreur, à intimider les ennemis et à dissuader toute attaque. Cette pratique s’inscrivait également dans le cadre de l’usage courant, à cette époque, des châtiments publics violents.
6. L'attaque nocturne de Târgoviște
Dans la nuit du 17 juin 1462, Vlad III attaqua le campement de l’armée du sultan ottoman Mehmed II près de Târgoviște, la capitale de la Valachie, dans le but d’assassiner le sultan en personne. Bien que l’attaque n’ait pas réussi à tuer Mehmed, elle sema le désordre dans l’armée, causant d’importantes pertes. Cet événement reste l’un des mieux documentés du règne de Vlad III.
7. Chute du pouvoir et mort controversée
Vlad III perdit le trône de Valachie plus tard en 1462 et fut retenu captif en Hongrie pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’il parvienne à reprendre brièvement son trône en 1476. Il fut tué peu après lors d’une bataille aux abords de Bucarest ; les historiens ne s’accordent pas sur les détails précis de sa mort. Selon certaines versions des faits, sa tête coupée aurait été envoyée à Constantinople pour prouver qu’il était bien mort, bien qu’il n’existe aucune preuve concluante à l’appui de cette hypothèse.
8. Le château de Bran n'est pas celui de Vlad
Le château de Bran, qui est aujourd’hui la principale attraction touristique de Roumanie liée à Dracula, était en réalité un poste de douane construit pour contrôler les échanges commerciaux entre la Valachie et la Transylvanie, et géré par des Saxons résidant en Transylvanie. Il existe très peu d’éléments indiquant que Vlad III ait jamais vécu au château de Bran, et même s’il s’y est rendu, celui-ci n’a jamais été sa demeure, son château ni son quartier général.
9. Poenari, la véritable forteresse
La citadelle de Poenari, située sur une falaise surplombant la rivière Argeș, était la forteresse de Vlad III qui, selon la tradition, l’aurait fait reconstruire en recourant au travail forcé. Contrairement à Bran, qui est aujourd’hui principalement une attraction touristique, Poenari était une véritable forteresse militaire, et son emplacement isolé ainsi que ses hautes falaises correspondent bien à cette fonction dans le relief accidenté de la Valachie.
10. Provoquer les marchands saxons
Vlad III avait de fréquents différends avec les marchands saxons qui vivaient dans le sud de la Transylvanie au sujet des droits commerciaux, et il aurait fait exécuter un grand nombre de ces marchands ainsi que des membres de leurs colonies pour avoir enfreint les règles. Ces marchands saxons entretenaient des liens commerciaux étendus avec d’autres pays germanophones et avaient accès à une industrie éditoriale florissante. Cela leur aurait fourni à la fois la motivation et les ressources nécessaires pour rédiger des récits critiques à l’égard de Vlad après sa chute.
11. La première campagne de dénigrement dans la presse écrite en Europe
La première brochure décrivant les actes horribles de Vlad III à avoir été imprimée fut Die geschicht dracole waide (L’histoire de Dracula de Valachie), publiée à Nuremberg en 1488. C’était probablement la première fois qu’une brochure imprimée et produite en série était utilisée pour diffuser des récits négatifs sur une personne dans toute l’Europe germanophone, et le récit contenu dans cette brochure a contribué à forger la réputation de brutalité de Vlad III dans le monde germanophone bien plus efficacement que tout ce qui avait été rapporté en Valachie.
12. Comment la légende s'est répandue
Plusieurs autres tracts et gravures sur bois illustrant les atrocités commises par Vlad III ont été publiés en allemand au cours des décennies qui ont suivi la parution du premier tract en 1488. Ces tracts ont ancré son image de tyran dans l’esprit des habitants d’Europe centrale, bien avant que quiconque n’ait l’idée qu’il était un vampire. Aucun de ces pamphlets ne fait mention de quelconques pouvoirs surnaturels attribués à Vlad III, mais indique seulement qu’il était d’une cruauté extrême, souvent de manière théâtrale.
13. Les Strigoi, un véritable élément du folklore roumain
La Roumanie possède une croyance populaire ancienne et authentique concernant les « strigoi », ces morts-vivants ou esprits errants qui causent des problèmes aux vivants. Il ne s’agit ni de Dracula, ni d’une créature apparentée au vampire de Bram Stoker. La croyance en ces strigoi, ainsi que les moyens de les combattre, est véritablement ancienne et a existé indépendamment de toute connexion avec l’histoire de Dracula ; elle s’inscrit dans la culture et le folklore authentiques de la Roumanie et, plus largement, des Balkans, et concerne la manière de traiter les morts et de les enterrer correctement.
14. Un mot inventé dans la presse écrite
En 1885, Emily Gerard publia son essai « Transylvanian Superstitions », dans lequel elle fit découvrir au public anglophone le mot « nosferatu » pour désigner une espèce de vampire en Roumanie. Ce nom est très probablement une déformation d’un mot roumain existant, tel que « nesuferitu » (« l’insupportable ») ou « necuratu » (« l’impur »). Il ne fait pas partie du folklore roumain courant.
15. Recherches sur Dracula
Bram Stoker ne s’est jamais rendu en Europe de l’Est et ne savait que très peu de choses sur les exploits militaires de Vlad III. Il a effectué ses recherches pour Dracula dans les bibliothèques de Londres et pendant ses vacances à Whitby, en Angleterre, en 1890. Il s’est appuyé sur des récits de voyage, des articles sur le folklore, tels que ceux de Gerard, et des ouvrages d’histoire, plutôt que sur ses propres observations.
16. À la découverte de « Dracula »
Alors qu’il effectuait des recherches à Whitby en 1890, Stoker découvrit le nom « Dracula » dans une note de bas de page de l’ouvrage de William Wilkinson intitulé An Account of The Principalities of Wallachia and Moldavia (Un compte rendu des principautés de Valachie et de Moldavie), publié en 1820. Wilkinson indiquait que ce nom signifiait « diable » dans la langue locale. Stoker adopta ce nom pour son personnage de vampire, qui s’appelait jusqu’alors « comte Wampyr ». Il semble avoir été attiré par ce nom en raison de sa sonorité exotique et de ses connotations sinistres, plutôt que parce qu’il connaissait quoi que ce soit de la vie de Vlad III.
17. Publication du roman
En 1897, le roman Dracula fut publié. Il décrivait le maléfique comte Dracula, un vampire noble de Transylvanie, qui n’avait guère de points communs avec le souverain valaque, si ce n’est un nom et un cadre vaguement d’Europe de l’Est. À mesure que le roman gagnait en popularité et qu’il était adapté au théâtre puis au cinéma, le nom de « Dracula » finit par être associé à un être fictif et surnaturel plutôt qu’au personnage historique Vlad III. La plupart des lecteurs de Dracula ignoraient qu’il avait autrefois existé un personnage historique portant le nom de Dracula.
18. À la recherche de la tombe de Vlad
On a longtemps supposé que Vlad III avait été inhumé au monastère de Snagov, un monastère insulaire situé près de Bucarest dont il aurait été le mécène. Son inhumation à Snagov était devenue une hypothèse communément admise, transmise par les sources régionales, mais elle n’avait jamais été vérifiée par des fouilles archéologiques.
19. Une tombe vide
La tombe du monastère de Snagov, traditionnellement considérée comme le lieu de repos définitif de Vlad III, a fait l’objet de fouilles menées par l’archéologue Dinu Rosetti entre 1931 et 1933. Au lieu d’ossements humains, les fouilleurs ont découvert des ossements d’animaux sous l’autel. La croyance de longue date selon laquelle Vlad III aurait été inhumé à Snagov a alors été remise en question, et les historiens ont commencé à rechercher un autre lieu d’inhumation.
20. Le monastère de Comana, le favori
Le monastère de Comana, situé dans le sud de la Valachie près du Danube et fondé par Vlad III lui-même, est aujourd’hui considéré par les historiens comme le lieu de sépulture le plus probable de Vlad III, mais il ne s’agit là encore que d’une hypothèse. Aucune fouille n’a permis d’apporter de réponse définitive. À ce jour, le lieu exact de sépulture de Vlad III reste inconnu.
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