Le Premier ministre Mark Carney met en garde les Canadiens et les invite à se préparer à traverser une période difficile alors que la guerre commerciale avec l’administration Trump s’intensifie. Alors que les droits de douane de rétorsion frappent désormais pour plusieurs milliards de dollars de marchandises américaines et que Washington ouvre de nouveaux fronts contre les industries canadiennes, M. Carney a reconnu que réduire la dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis « aura un coût », mais a fait valoir que rester les bras croisés finirait par coûter encore plus cher au pays.
Carney met les Canadiens en garde contre des temps difficiles
Dans une allocution vidéo de 15 minutes, le Premier ministre Mark Carney a exhorté les Canadiens à se préparer à traverser une période difficile, alors que la guerre commerciale avec les États-Unis entre dans une phase plus douloureuse. Il a reconnu que la réduction de la dépendance économique du Canada vis-à-vis de son principal partenaire commercial aurait des conséquences importantes à court terme pour les entreprises, les salariés et les ménages à travers tout le pays.
Le prix à payer pour tenir tête à Washington
Carney a présenté ce bras de fer comme un choix difficile entre accepter des difficultés économiques aujourd’hui ou laisser le Canada vulnérable à de futures pressions américaines. Son gouvernement souhaite diversifier en profondeur l’économie et renforcer les relations au-delà des États-Unis, afin de créer à terme un pays suffisamment résilient pour que, selon les termes de Carney, « aucun pays ne puisse jamais nous prendre en otage ».
Pourquoi Carney a démissionné
Le Premier ministre a défendu sa décision de mettre fin aux négociations après avoir estimé que les responsables américains exigeaient trop tout en n’offrant pas de concessions suffisantes en contrepartie. M. Carney a fait valoir qu’accepter les conditions de Washington risquerait de limiter la capacité du Canada à développer de manière indépendante des relations commerciales à l’échelle mondiale et de renforcer la dépendance économique que son gouvernement est désormais déterminé à réduire.
Les droits liés à la langue française deviennent un sujet brûlant
M. Carney a également mis en avant des divergences concernant la protection de la langue française et la culture québécoise, laissant entendre que Washington considérait certaines politiques canadiennes comme des obstacles lors des négociations. Il a déclaré que les négociateurs américains considéraient ces protections comme une « source d’irritation », mais a rejeté l’idée selon laquelle les protections culturelles fondamentales devraient simplement servir de monnaie d’échange dans un accord commercial, soulignant qu’au Canada, « ce sont des droits ».
Carney remonte jusqu'en 1890
Pour expliquer sa stratégie, Carney a évoqué le tarif McKinley de 1890, lorsque des droits de douane atteignant 50 % avaient exercé une pression considérable sur les exportations canadiennes. Il a fait valoir qu’au lieu d’affaiblir durablement le Canada, cet épisode historique avait incité le pays à diversifier ses relations commerciales, créant ainsi un précédent permettant de transformer une nouvelle période de forte pression économique américaine en résilience à long terme.
Le Canada à la recherche de nouveaux marchés
Ottawa prévoit désormais d’accélérer son expansion sur les marchés situés au-delà des États-Unis, plutôt que de se contenter d’attendre la fin du différend. Le Canada entend renforcer ses relations commerciales à travers l’Asie, notamment en s’efforçant de finaliser, d’ici l’année prochaine, un accord de libre-échange avec les pays de l’ANASE ainsi qu’un accord parallèle avec les Philippines, dans le cadre de sa stratégie de diversification.
« Ce changement de cap aura un coût »
M. Carney a reconnu que la reconstruction des relations commerciales du Canada ne saurait se faire sans perturbations économiques. « Ce changement de cap aura un coût. Toute action a un coût. Mais celui-ci est bien inférieur à celui de l’inaction. » Ottawa prépare actuellement un plan d’aide de 7,5 milliards de dollars canadiens destiné à soutenir les travailleurs et les petites et moyennes entreprises touchés.
Les droits de douane de rétorsion imposés par le Canada touchent les États-Unis
Les mesures de rétorsion canadiennes, à hauteur équivalente, sont officiellement entrées en vigueur le 8 septembre et visent environ 27,8 milliards de dollars canadiens de produits américains. Des droits de douane allant de 15 % à 50 % s’appliquent à de nombreuses catégories de produits, l’acier et l’aluminium figurant parmi ceux soumis aux taux les plus élevés. Les appareils électroménagers, les moquettes, les fromages, les clubs de golf et les parfums sont également visés par les mesures de rétorsion d’Ottawa.
Trump s'intéresse désormais à Bombardier
Trump a par ailleurs amplifié le conflit en menaçant de restreindre l’accès de Bombardier, dont le siège se trouve à Montréal, au marché américain, jugé crucial, à moins que la production ne soit délocalisée aux États-Unis. « Leurs produits ne sont pas assez bons ! S’ils veulent notre marché, ils doivent fabriquer ici », a déclaré Trump. Cette menace a ébranlé les investisseurs, contribuant à une chute de 7 % du cours de l’action Bombardier à Toronto.
Washington ouvre de nouveaux fronts
La Maison Blanche a une nouvelle fois durci le ton en publiant cinq décrets présidentiels imposant des restrictions supplémentaires aux produits canadiens. À compter du 29 septembre, les importations de bière, de vin, de cidre, de whisky, de vodka, de motos, de mélasse et de produits à base de lactosérum d’origine canadienne devraient être interdites. Trump a également ordonné à l’Administration des services généraux de retirer les produits d’origine canadienne des listes d’approvisionnement du gouvernement fédéral.
Le Canada se prépare à un parcours semé d'embûches
Pour Carney, le durcissement des mesures vient étayer son argument selon lequel le Canada ne peut plus partir du principe que ses relations économiques avec Washington garantissent la stabilité. Son gouvernement demande aux Canadiens de supporter des coûts immédiats le temps que le pays développe des marchés alternatifs et soutienne les secteurs vulnérables. L’objectif n’est pas simplement de survivre à cette confrontation, mais de réduire l’exposition du Canada à des pressions similaires à l’avenir.