J’adore les histoires de femmes qui s’imposent dans des domaines traditionnellement dominés par les hommes, et c’est donc toujours un plaisir de découvrir ces femmes qui ont osé se lancer, ont accompli ce dont on les croyait incapables, et ont parfois même surpassé les hommes par la même occasion ! L’histoire du sport en regorge. Ces femmes ont nagé plus vite que les détenteurs masculins de records, participé à des compétitions qui ne leur étaient techniquement pas ouvertes, piloté des voitures de Formule 1, joué au baseball professionnel et remporté des médailles olympiques alors même que l’on débattait encore de la légitimité de la participation des femmes à la compétition. Certaines ont été interdites de compétition, ridiculisées, exclues ou renvoyées chez elles. Heureusement, elles n’étaient pas du genre à obéir. Voici 20 athlètes féminines qui ont brisé des barrières au cours de l’histoire.
1. Jackie Mitchell a éliminé Ruth et Gehrig, puis s'est fait exclure
Après avoir déclaré que le baseball était « trop exigeant » pour les femmes, le commissaire du baseball Kenesaw Mountain Landis a annulé le contrat de la lanceuse de dix-sept ans Jackie Mitchell, quelques jours après qu’elle eut éliminé Babe Ruth (en quatre lancers) et Lou Gehrig (en trois frappes) le 2 avril 1931. Ces deux éliminations figuraient dans le compte-rendu de ce match amical contre les Yankees de New York. Les historiens se demandent encore aujourd’hui si Ruth et Gehrig faisaient vraiment de leur mieux.
2. Gertrude Ederle a battu le record masculin de traversée de près de deux heures
Gertrude Ederle, âgée de dix-neuf ans le 6 août 1926, est devenue la première femme à traverser la Manche à la nage, battant le record masculin de 1 heure et 59 minutes. Vêtue d’un maillot de bain deux pièces sur mesure et enduite d’une couche de graisse, Ederle a nagé pendant 14 heures et 31 minutes dans une mer agitée pour rejoindre l’Angleterre depuis la France. Un défilé sous une pluie de confettis organisé pour accueillir la nageuse à son retour à New York a rassemblé une foule de deux millions de personnes.
3. Babe Didrikson Zaharias a excellé dans tous les sports qu'elle a pratiqués
En 1950, Babe Didrikson Zaharias a cofondé la LPGA, et elle a continué à remporter des tournois même après avoir reçu, quelques années plus tard, un diagnostic de cancer du côlon en phase terminale. Parmi ses 82 victoires au golf, on compte 10 tournois majeurs. Lors des Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles, où elle ne put participer qu’à trois épreuves, Didrikson établit des records du monde dans chacune d’entre elles, remportant des médailles d’or au javelot et au 110 m haies, ainsi qu’une médaille d’argent au saut en hauteur. Cette médaille d’argent fut le fruit d’une décision technique controversée : elle avait en effet franchi toutes les hauteurs.
4. Annette Kellermann a été arrêtée à cause de son maillot de bain
La nageuse australienne Annette Kellermann a conçu un maillot de bain une pièce moulant, destiné à remplacer les robes de bain en laine encombrantes que les femmes étaient tenues de porter. Lorsqu’elle l’a porté lors d’une séance de natation en 1907 près de Revere Beach, dans le Massachusetts, elle a été arrêtée pour indécence. Un juge lui a permis de conserver son maillot à condition qu’elle porte une cape par-dessus jusqu’à ce qu’elle entre dans l’eau. Elle a par la suite fabriqué et commercialisé des maillots de bain sous son propre nom.
5. Alice Coachman s'est entraînée pieds nus, puis est entrée dans l'histoire des Jeux Olympiques
Dans la Géorgie de l’époque, où régnait la ségrégation, Alice Coachman n’avait pas le droit d’utiliser les installations sportives publiques ; elle s’entraînait donc sur la route, pieds nus. Aux Jeux olympiques de Londres en 1948, elle franchit la barre du saut en hauteur à 1,68 mètre dès son premier essai, établissant ainsi un record olympique. Elle devint la première femme noire, tous pays confondus, à remporter une médaille d’or olympique, que le roi George VI lui remit en personne. Mais la cérémonie d’accueil organisée dans sa ville natale était marquée par la ségrégation.
6. Madge Syers a trouvé une faille et a enfreint les règles du patinage
En 1908, Madge Syers remporta la médaille d’or olympique en patinage artistique féminin. Mais plusieurs années avant cette première victoire olympique, elle avait participé aux Championnats du monde de 1902 à Londres, où le règlement de l’Union internationale de patinage (ISU) n’interdisait pas expressément la participation des femmes. Madge Syers en profita donc pour s’inscrire ! Vêtue d’une longue jupe, elle a concouru face aux hommes et a terminé deuxième derrière Ulrich Salchow. L’ISU a rapidement interdit aux femmes de participer aux épreuves masculines par la suite et a créé un championnat féminin distinct en 1906. Une deuxième place a suffi pour les pousser à réécrire les règles !
7. Fanny Blankers-Koen, que l'on jugeait trop âgée, a remporté quatre médailles d'or
Les détracteurs estimaient que Fanny Blankers-Koen, à trente ans, avait dépassé son apogée à l’approche des Jeux olympiques de 1948 à Londres. Les femmes ne pouvant participer qu’à trois épreuves individuelles au maximum, elle n’a pas été autorisée à concourir au saut en hauteur et au saut en longueur, disciplines dans lesquelles elle détenait les records du monde. Les détracteurs furent toutefois réduits au silence par la performance sans précédent de Blankers-Koen lors de ces Jeux, où elle remporta quatre médailles d’or : au 100 m, au 200 m, au 80 m haies et au relais.
8. Annie Londonderry a transformé une balade à vélo en opération de communication à l'échelle mondiale
Annie Kopchovsky, une immigrante juive lettone vivant à Boston, s’est lancée dans un tour du monde à vélo en 1894. Son voyage a été en partie financé par une campagne publicitaire pour l’eau de source « Londonderry Lithia », et dans le cadre de ce parrainage, elle a adopté le nom de « Londonderry » pendant ses pérégrinations. C’est ce qu’on appelle s’investir à fond dans la campagne publicitaire ! Elle est partie de Boston en juin 1894, parcourant l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie à vélo, en train et à bord de bateaux à vapeur pour les traversées océaniques. Elle a achevé son périple 15 mois plus tard, en septembre 1895.
9. Althea Gibson a brisé la barrière raciale dans le tennis, puis a dominé ce sport
Élevée à Harlem, Althea Gibson est devenue la figure de proue de l’American Tennis Association, où les joueurs noirs s’affrontaient alors qu’une grande partie du tennis américain restait soumise à la ségrégation. En 1950, elle a brisé la barrière raciale lors des Championnats nationaux américains, devenant ainsi la première joueuse noire à y participer. Et elle ne s’est certainement pas contentée de franchir le seuil ! En 1956, Gibson est devenue la première Afro-Américaine à remporter un titre du Grand Chelem en simple, en s’imposant à Roland-Garros. Elle a également remporté Wimbledon et les Championnats nationaux américains en 1957 et 1958, devenant ainsi la numéro un mondiale.
10. Suzanne Lenglen a abandonné le corset et a continué à remporter des victoires
La star française du tennis Suzanne Lenglen a collaboré avec le couturier Jean Patou pour remplacer les corsets contraignants et les longues robes que les femmes portaient traditionnellement sur le court par des jupes courtes plissées et des hauts sans manches. Ces tenues étaient considérées comme scandaleuses à l’époque, et elle s’est également fait connaître pour son bandeau emblématique. Entre 1919 et 1926, elle a enchaîné 341 victoires pour 7 défaites en simple, remportant au cours de cette période 31 titres majeurs, dont six à Wimbledon et deux médailles d’or olympiques. En 1926, elle est devenue la première grande star féminine du tennis à passer professionnelle.
11. Maria Teresa De Filippis a couru en Formule 1, puis s'est heurtée à un refus
« Le seul casque qu’une femme devrait porter, c’est chez le coiffeur. » C’est ce qu’aurait déclaré le directeur de course Raymond Roche lorsqu’il a exclu Maria Teresa de Filippis du Grand Prix de France de 1958. Elle a toutefois eu sa chance lors de la course suivante : partie 19e, elle a terminé 10e du Grand Prix de Belgique le 15 juin 1958. Elle n’a toutefois pas marqué de points malgré cette belle performance, car en 1958, seuls les cinq premiers étaient récompensés.
12. Stamata Revithi a couru le marathon auquel personne ne l'avait invitée
Stamata Revithi, une coureuse grecque âgée de trente ans, s’est vu refuser la participation aux Jeux olympiques d’Athènes de 1896 par les organisateurs dirigés par Pierre de Coubertin. Le lendemain du marathon masculin, elle a donc tout de même parcouru exactement le même parcours de 40 kilomètres, qu’elle a bouclé en environ 5 heures et 30 minutes, avant de se voir refuser l’accès au stade olympique par les officiels. Son exploit n’ayant pas été consigné dans les registres officiels des Jeux olympiques, Stamata Revithi a fait certifier son marathon à l’aide de signatures recueillies auprès de maires locaux et de témoins. Si les Jeux olympiques refusaient de l’officialiser, elle allait se charger elle-même d’en obtenir la preuve !
13. Sybil Bauer a battu un record du monde masculin
En octobre 1922, la nageuse américaine Sybil Bauer, âgée de dix-neuf ans, est devenue la première femme de l’histoire à battre un record du monde masculin, tous sports confondus. Lors d’une compétition de natation aux Bermudes, elle a parcouru les 440 yards en dos en 6 minutes et 24,4 secondes, soit quatre secondes de mieux que le record masculin en vigueur. Et elle n’en avait pas fini d’entrer dans l’histoire ! Sybil Bauer remporta ensuite une médaille d’or olympique en 1924, mais elle décéda malheureusement d’un cancer à peine trois ans plus tard, à l’âge de 23 ans seulement.
14. Kinue Hitomi a remporté la médaille d'argent dans une épreuve qu'elle n'avait jamais courue auparavant
En 1926, Kinue Hitomi a rédigé un manuel de 234 pages consacré à l’athlétisme féminin et s’est forgé une carrière sportive malgré le climat défavorable au sport féminin qui régnait au Japon à l’époque. Hitomi fut la seule femme à représenter le Japon aux Jeux olympiques d’Amsterdam en 1928. Éliminée lors des séries du 100 m, elle décida de s’aligner sur le 800 m, bien qu’elle n’ait jamais couru cette distance en compétition auparavant. La première fois fut la bonne ! Hitomi remporta la médaille d’argent en 2 min 17,6 s, devenant ainsi la première femme asiatique à décrocher une médaille olympique.
15. Halina Konopacka a réalisé un lancer de disque qui est entré dans l'histoire
Halina Konopacka, qui avait contribué à l’évacuation des réserves d’or de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale et était une poétesse reconnue, a également remporté la toute première médaille d’or pour son pays. Son record du monde de 39,62 mètres au lancer du disque, établi le 31 juillet 1928 à Amsterdam, a également marqué la première médaille d’or olympique remportée par une femme dans les épreuves d’athlétisme. Quelques heures plus tard, Betty Robinson a remporté la première médaille d’or féminine en athlétisme, au 100 mètres.
16. Charlotte Cooper a remporté la première médaille d'or olympique individuelle féminine
Bien qu’elle ait perdu l’ouïe à la suite d’une infection en 1896, la star britannique du tennis Charlotte Cooper a continué à concourir au plus haut niveau. Lors des Jeux Olympiques de Paris en 1900, les premiers à accueillir des femmes, elle a battu Hélène Prévost le 11 juillet, alors qu’elle jouait vêtue d’une jupe longue et en s’appuyant sur un service par-dessus la tête. Le simple fait de disputer un match de tennis olympique en jupe longue mérite déjà tout mon respect ! Cooper s’est également imposée en double mixte et est devenue la première femme à remporter une médaille d’or olympique en individuel.
17. Toni Stone a pris la place de Hank Aaron dans l'effectif
Marcenia « Toni » Stone est surtout connue pour avoir été la première femme à jouer régulièrement dans une ligue professionnelle de baseball masculine. Stone a signé avec les Indianapolis Clowns de la Negro American League en 1953, reprenant la place laissée vacante par l’ancien joueur des Clowns et joueur de la Ligue majeure Hank Aaron, et a évolué au poste de deuxième base. Stone a affiché une moyenne au bâton de 0,243 en 50 matchs. On se souvient également d’elle pour avoir, selon certaines sources, réussi un simple face au lanceur Satchel Paige lors d’un match amical.
18. Tidye Pickett a intégré l'équipe, puis s'est qualifiée pour la compétition
Lors des Jeux olympiques de Berlin en 1936, Tidye Pickett, qui participait à l’épreuve du 80 m haies, est devenue la première femme noire à représenter activement les États-Unis aux Jeux olympiques. Bien qu’elle se soit qualifiée pour les demi-finales, elle s’est cassé le pied sur une haie pendant l’épreuve. Pickett et sa compatriote Louise Stokes étaient déjà devenues les premières femmes noires sélectionnées dans l’équipe olympique américaine en 1932, mais le racisme les avait empêchées de participer à la finale du relais. Quatre ans plus tard, Pickett eut enfin l’occasion de fouler la piste olympique et d’entrer elle-même dans l’histoire.
19. Margaret Abbott a remporté une médaille d'or olympique et est décédée sans le savoir
En 1900, Margaret Abbott était une étudiante en arts de vingt-deux ans à Paris. En octobre, elle réalisa un score de 47 à Compiègne, en France, remportant ainsi un tournoi de golf de neuf trous qui s’inscrivait vaguement dans le cadre des Jeux olympiques de Paris de 1900 (organisés de manière quelque peu disparate, parallèlement à l’Exposition universelle). Mais il n’y avait pas de médaille officielle cette année-là (Abbott remporta un bol en porcelaine), et elle vécut sa vie et mourut (en 1955) sans jamais savoir qu’elle était championne olympique, un fait qui ne fut révélé que des décennies plus tard par l’historienne Paula Welch.
20. Lis Hartel n'a pas pu se rendre à pied jusqu'à son propre podium
La cavalière danoise Lis Hartel s’est retrouvée paralysée sous les genoux après avoir contracté la polio en 1944 alors qu’elle était enceinte. Elle a appris à monter à cheval en utilisant ses cuisses et en gardant l’équilibre avec le haut de son corps sur son cheval Jubilee, et a remporté la médaille d’argent en dressage individuel aux Jeux olympiques de 1952 à Helsinki, les premiers Jeux olympiques à autoriser les femmes à participer aux épreuves équestres. Incapable de marcher sans aide, Lis Hartel a dû être portée sur le podium par le médaillé d’or Henri Saint Cyr. Elle a remporté une autre médaille d’argent en 1956.
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