Il est difficile d’imaginer Paris sans la tour Eiffel, un monument emblématique qui incarne toute la nation. Mais la plupart des gens ignorent que cette construction était à l’origine censée être temporaire, son contrat prévoyant même une date d’expiration. De nombreux auteurs et artistes français de renom la détestaient, et son constructeur, Gustave Eiffel, a dû se battre pour la sauver. Comment y est-il parvenu ? Poursuivez votre lecture pour le découvrir.
1. La tour de Gustave Eiffel a été construite avec une date limite de démolition
En 1887, Gustave Eiffel, l’ingénieur français chargé de construire la tour pour l’Exposition universelle de 1889, signa un accord avec le gouvernement français et la ville de Paris. La ville a également contribué aux frais de construction et a cédé à Eiffel les recettes des billets pendant plusieurs années afin de l’aider à amortir ses dépenses. Toutefois, dans le cadre de cet accord, Eiffel devait restituer la tour à la ville à la fin de l’année 1909, date à laquelle elle devait être démontée.
2. 47 artistes ont qualifié la tour de « cheminée monstrueuse »
Le 14 février 1887, Le Temps, un quotidien parisien, publia une lettre ouverte signée par 47 artistes et écrivains protestant contre la construction de la tour de Gustave Eiffel, alors encore inachevée. Parmi les signataires figuraient notamment le romancier Guy de Maupassant, l’écrivain Alexandre Dumas fils et Charles Garnier, architecte de l’Opéra de Paris. Ces personnalités s’étaient baptisées le « Comité des 300 », car elles souhaitaient souligner que la tour mesurerait autant de mètres de haut, et non qu’elles étaient aussi nombreuses. Elles la qualifiaient de « cheminée monstrueuse ». La construction se poursuivit néanmoins.
3. Eiffel a transformé sa tour en un laboratoire scientifique gratuit
Eiffel savait qu’il ne disposait que jusqu’à la fin de l’année 1909 avant que sa tour ne soit démantelée, et il ne s’est donc pas donné la peine d’attendre que l’opinion publique change d’avis. Il a invité des scientifiques français à utiliser gratuitement sa tour pour mener des expériences à 300 mètres d’altitude. Il leur a ensuite acheté des laboratoires et du matériel de météorologie, de physique et d’aérodynamique, et a tout financé de sa poche. C’était une manœuvre très calculée. Il voulait rendre le démantèlement de la tour politiquement impensable bien avant qu’un vote n’ait lieu.
4. Les scientifiques ont étudié les conditions météorologiques, la pression et la gravité au sommet de la tour
En 1889, le directeur du service météorologique national français, Éleuthère Mascart, fit construire un observatoire au sommet de la tour afin d’effectuer des mesures atmosphériques en altitude. Quelques années plus tard, le physicien Louis Paul Cailletet fit descendre un tube de verre rempli de mercure le long de l’escalier en colimaçon afin de mesurer la pression atmosphérique dans des conditions extrêmes. Au cours des années qui suivirent, Eiffel fit tomber des objets depuis la deuxième plate-forme de la tour, recueillant ainsi des données qui s’avérèrent très précieuses pour les pionniers de l’aviation.
5. Eugène Ducretet a envoyé le premier signal radio français depuis la tour
Le 5 novembre 1898, l’inventeur français Eugène Ducretet et son assistant, Ernest Roger, ont transmis le premier signal télégraphique sans fil du pays, en envoyant une rafale de code Morse depuis le sommet de la tour jusqu’au Panthéon voisin, situé à environ quatre kilomètres de là. Il n’y avait ni voix humaine ni musique à transmettre, seulement des impulsions en code Morse, mais cela a suffi pour que les militaires se rendent compte que la structure métallique de la tour pouvait servir d’antenne pour les communications sans fil.
6. Les 50 millions de visiteurs ont prouvé que la tour s'était autofinancée
Paris a accueilli une nouvelle Exposition universelle en 1900, la tour étant au cœur du contrat de 20 ans signé par Eiffel. Elle a attiré environ 50 millions de visiteurs, et la billetterie a continué à rapporter de l’argent jusqu’en 1909, date à laquelle la démolition de l’édifice était prévue. Mais comme les billets continuaient à se vendre, la tour était tout sauf un fardeau.
7. Eiffel a financé de sa poche la première station de radio de l'armée
Gustave Ferrié, un officier de l’armée française intéressé par le potentiel de la radio sans fil, ne parvint pas à convaincre le ministère de la Guerre de financer son matériel expérimental. Eiffel finança l’installation de l’antenne à haute altitude et de la station radio au sommet de la tour à hauteur de 60 000 francs, prélevés sur ses propres fonds. La tour devint alors un atout sur lequel l’armée pouvait compter.
8. En 1908, Ferrié avait déjà étendu le signal à travers l'Atlantique
La portée radio de la tour n’a cessé d’augmenter : 400 kilomètres en 1904, plus de 6 000 en 1908. Les hommes du capitaine Gustave Ferrié utilisaient des émetteurs à ondes longues pour transmettre des signaux aux navires de la marine française de l’autre côté de l’Atlantique et en Méditerranée, ainsi qu’aux avant-postes français en Afrique du Nord. En l’espace de cinq ans, la tour n’était plus seulement une merveille d’ingénierie. Elle était devenue un élément dont l’armée ne pouvait plus se passer.
9. Un bunker secret a scellé le rôle militaire de la tour
En 1909, dernière année du bail de la tour, le ministère français de la Guerre fit construire une station radio souterraine sous le Champ de Mars, la pelouse située au pied de la tour, à proximité de son pilier sud. Les générateurs et les émetteurs furent protégés d’éventuels bombardements grâce à leur installation sous terre, et des câbles furent acheminés le long des pieds en fer de la tour. L’armée s’était désormais engagée de manière permanente envers un édifice voué à la destruction.
10. Paris a annulé la démolition et a accordé 70 années supplémentaires à la tour Eiffel
Mais le 1er janvier 1910, le Conseil municipal de Paris leva sa menace de démolition, annulant ainsi la clause du contrat de la tour qui prévoyait sa destruction au bout de vingt ans. Le mât radio de la tour étant désormais considéré comme essentiel à la défense nationale, le Conseil accorda à Gustave Eiffel une prolongation de 70 ans.
11. Des ordres radio allemands interceptés ont contribué à sauver Paris en 1914
Avec le déclenchement de la guerre, la tour, qui était jusqu’alors un instrument scientifique, fut transformée en installation militaire permanente. En septembre 1914, la tour Eiffel capta des messages radio non cryptés émis par les forces allemandes, des renseignements cruciaux qui furent utilisés par le général Joseph Joffre, commandant en chef des forces françaises, pour planifier une contre-attaque victorieuse lors de la première bataille de la Marne. Cet engagement, l’un d’une série qui mit fin à l’avance allemande sur Paris, marqua le premier succès de la tour en temps de guerre.
12. Un message intercepté à Madrid a conduit à l'arrestation de Mata Hari
En janvier 1917, les opérateurs de la Tour Eiffel ont intercepté un message radio codé provenant d’un agent de l’attaché militaire allemand à Madrid, utilisant le nom de code « H-21 ». Les cryptographes du ministère français de la Guerre ont compris que cette transmission faisait référence à une danseuse néerlandaise nommée Margaretha Zelle, vivant à Paris et connue sous le nom de scène Mata Hari. Elle fut arrêtée le 13 février 1917, puis jugée et condamnée pour espionnage. Les historiens estiment aujourd’hui qu’elle était une agente sans grande importance, dont le rôle a peut-être été exagéré pendant la guerre par les procureurs.
13. Radio Tour Eiffel est devenue la première station de radio publique française
La veille de Noël 1921, Gustave Ferrié, officier de l’armée et pionnier de la radio, contribua au lancement de Radio Tour Eiffel, la première station de radio publique civile en France. La station diffusait des informations, la météo et de la musique en direct depuis les hauteurs de la tour. Cette initiative incita davantage de personnes à s’équiper d’un poste de radio et fit connaître la tour pour sa nouvelle fonction de centre de diffusion, plutôt que comme avant-poste militaire ou laboratoire.
14. Victor Lustig a « vendu » la Tour Eiffel à un ferrailleur
Victor Lustig, un escroc austro-hongrois, séjourna dans un hôtel parisien en mai 1925. Se faisant passer pour un haut fonctionnaire, il rencontra un groupe de ferrailleurs. Il leur annonça que la ville de Paris allait démolir la tour Eiffel en raison du coût de son entretien. Les hommes ont soumissionné pour le marché de démolition, et l’un d’entre eux, André Poisson, a remis à Lustig de l’argent en pot-de-vin ainsi qu’une « commission sur le contrat ». Ne voulant pas admettre qu’il s’était fait duper par Lustig, Poisson l’a laissé s’enfuir à Vienne.
15. 250 000 ampoules ont transformé la tour en une publicité pour Citroën
En 1925, le constructeur automobile Citroën a loué l’installation lumineuse et a recouvert trois côtés de la tour de 250 000 ampoules, formant le mot « CITROËN » en lettres géantes : il s’agissait alors de la plus grande enseigne lumineuse au monde. Elle est restée allumée pendant une dizaine d’années et a généré des recettes publicitaires régulières pour Paris, même pendant la Grande Dépression.
16. René Barthélemy a diffusé le premier signal de télévision français depuis la Tour
Le 26 avril 1935, l’ingénieur français René Barthélemy installa un émetteur au sommet de la tour et diffusa le premier signal de télévision électronique officiel de France ; les diffusions régulières commencèrent avant la fin de l’année. La tour, qui avait jusqu’alors relayé des impulsions télégraphiques, des signaux radio militaires et des émissions civiles, se consacrait désormais également à la télévision.
17. Des techniciens français ont saboté en secret les ascenseurs avant l'arrivée d'Hitler
En juin 1940, alors que les Allemands s’apprêtaient à entrer dans Paris, un groupe de techniciens de la Résistance française coupa les câbles des ascenseurs de la tour Eiffel et mit hors service les moteurs d’entraînement. Interrogés par les militaires allemands, ils répondirent qu’ils n’avaient pas réussi à trouver de pièces de rechange. Lorsque Hitler se rendit à Paris plus tard dans le mois de juin, il choisit de ne pas gravir les quelque 1 700 marches menant au sommet de la tour. Les ascenseurs restèrent hors service pendant toute la durée de l’occupation allemande.
18. L'ordre de démolition de la tour donné par Hitler n'a jamais été exécuté
Lorsque les Alliés se rapprochèrent de Paris en août 1944, Hitler donna l’ordre à son gouverneur militaire de la ville, le général Dietrich von Choltitz, de démolir les bâtiments les plus célèbres de la ville, dont la tour Eiffel. Mais les Allemands ne disposaient ni des explosifs ni des ingénieurs nécessaires, et ils étaient bloqués par les troupes alliées et une insurrection de la Résistance française. Choltitz capitula le 25 août 1944 sans avoir rien détruit.
19. Pourquoi 7 300 tonnes métriques de fer n'ont jamais dû être mises au rebut
Construite à partir de 7 300 tonnes métriques de fonte en mare, une forme plus pure de fer forgé que l’acier, la Tour Eiffel résiste à la rouille profonde qui ronge le fer ordinaire. Elle doit être repeinte tous les sept ans, ce qui a permis de la maintenir en service à moindre coût que de la démolir au cours des décennies de querelles budgétaires à Paris.
20. Un incendie survenu en 1956 a conduit à la mise en place de l'antenne qui a fixé définitivement sa hauteur
En mai 1956, un incendie dans la salle des machines située au sommet de la tour détruisit une partie de la section supérieure. Lorsque les ouvriers reconstruisirent la zone endommagée un an plus tard, ils ajoutèrent un mât d’antenne en acier au sommet de la tour, ce qui porta sa hauteur à 320 mètres, consolidant ainsi définitivement son rôle de support pour les émetteurs de télévision et de radio FM. Ce qui devait être une structure temporaire, destinée à être démantelée en 1909, était désormais une installation de diffusion permanente.
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