Quand je pense aux chérubins, je pense immédiatement à la Saint-Valentin. Les chérubins, ces petits bébés ailés qui portent toujours un arc et des flèches, n’est-ce pas ? Eh bien, peut-être pas. Pour commencer, les chérubins mentionnés dans la Bible peuvent apparemment avoir plus d’un visage et plus d’une paire d’ailes. Ils sont bien moins mignons que les chérubins que l’on célèbre chaque année en février, et ne sont certainement pas des figures emblématiques de la Saint-Valentin. Et ce ne sont même pas les créatures les plus étranges mentionnées dans ces anciens récits. Voici les vingt bêtes bibliques et créatures surnaturelles les plus bizarres, dont aucune ne ressemble de près ou de loin à ce à quoi vous vous attendiez probablement. Monstres marins, serpents de feu, démons-chèvres, bêtes géantes, et bien plus encore ! Oh, et quelques créatures qui ont pris une nouvelle forme à cause de la traduction.
1. Les chérubins n'étaient pas des bébés potelés
Au cours de son exil à Babylone, le prophète Ézéchiel eut une vision vers 593 av. J.-C., dans laquelle il vit quatre « êtres vivants » au bord du fleuve Kebar, chacun doté de quatre visages (humain, lion, bœuf, aigle), de quatre ailes, de jambes en bronze et d’un corps couvert d’yeux, accompagnés d’étranges roues imbriquées les unes dans les autres. Ézéchiel appelle ces êtres des chérubins. Il semble qu’Ézéchiel se soit inspiré des représentations de sphinx ailés et de figures de taureaux figurant sur les portes des palais et des temples à travers la Mésopotamie. Mais aucun d’entre eux n’était un bébé, cependant !
2. Le Léviathan était à la fois une terreur et l'animal de compagnie de Dieu
Dans Job 41, le Léviathan est une créature marine dont les écailles, semblables à une armure, aucun homme ne pouvait dompter. Le but de cette description était de susciter l’émerveillement, et non de servir de traité zoologique sur un animal réel. Dans le Psaume 104, verset 26, le Léviathan est l’une des créations de Dieu, fait pour s’ébattre dans la mer. Dans Ésaïe 27, verset 1, le Léviathan est utilisé de manière métaphorique pour décrire les nations ennemies que Dieu détruira. Dans la littérature rabbinique ultérieure, le Léviathan est décrit comme une femelle que Dieu salera et mettra de côté pour un festin dans le monde à venir.
3. Le nombre 666 faisait en réalité référence à un empereur
La bête marine à sept têtes de l’Apocalypse (vers 95 apr. J.-C.), dont le corps ressemblait à celui d’un léopard, les pattes à celles d’un ours et la gueule à celle d’un lion, tire son pouvoir du « Dragon » (Satan, tel qu’il est décrit ailleurs dans l’Apocalypse) et se voit conférer le pouvoir de faire la guerre aux saints. Elle est largement considérée par les spécialistes comme une insulte codée visant Rome. Jean lui attribue le nombre 666 (Ap 13, 18), un code de gématrie qui, selon plusieurs spécialistes, représente « Neron Kaisar », c’est-à-dire l’empereur Néron. Un manuscrit ancien de l’Apocalypse, le Papyrus 115, donne le nombre 616, correspondant à l’orthographe latine du nom de l’empereur.
4. La « Bête de la Terre » était l'organe de propagande
Au chapitre 13 de l’Apocalypse apparaît la deuxième bête, qui surgit de la terre. Elle ressemble à un agneau, mais parle comme un dragon. Plutôt que d’être un souverain, cette bête est décrite comme un séducteur. En recourant aux « signes » qu’il est autorisé à accomplir, elle trompe les habitants de la terre afin qu’ils adorent la bête de la mer (la bête de la mer à sept têtes mentionnée dans Apocalypse 13) et qu’ils reçoivent sa tristement célèbre « marque de la bête ». La deuxième bête pourrait faire référence aux membres de l’appareil du culte impérial qui faisaient pression sur le peuple pour qu’il participe à ce culte ; elle était le propagandiste de la bête de la mer.
5. Le dragon de l'Apocalypse se donne un nom
L’Apocalypse 12 décrit un grand dragon rouge à sept têtes, dix cornes et sept couronnes, qui précipite sur la terre un tiers des étoiles du ciel. Traditionnellement, les exégètes interprétaient ce passage comme faisant référence à des êtres angéliques déchus, mais cette fois-ci, nous obtenons en fait une réponse directe à ce que représente le dragon : il s’agit de « ce serpent ancien, appelé le diable ou Satan ». (Ce livre a été rédigé vers 95 de notre ère, pendant une période de persécution des chrétiens par les Romains.)
6. Behemoth a été conçu pour démontrer une chose
Dans le livre de Job, chapitre 40, Béhemoth est décrit comme « le chef des œuvres de Dieu », un immense animal terrestre dont la queue est « comme un cèdre » et dont les os sont « comme des tubes de bronze ». L’auteur ajoute que personne ne peut s’approcher de lui avec une épée, sauf celui qui l’a créé. D’après le contexte, il est clair qu’il s’agissait là d’une description exagérée destinée à remettre Job à sa place. Pas besoin de dinosaures.
7. Comment un bœuf sauvage s'est transformé en licorne
Le livre de Job et celui des Nombres mentionnent tous deux un « re’em », une bête à cornes qu’aucun homme ne peut dompter ni capturer. Des indices linguistiques, notamment un mot apparenté en akkadien, « rimu », indiquent qu’il s’agissait probablement d’un bœuf sauvage à deux cornes, l’aurochs, aujourd’hui disparu. Cependant, lorsque la Bible hébraïque fut traduite en grec au IIIe siècle avant notre ère, les traducteurs rendirent ce terme par « à une corne ». En latin, le terme est devenu « unicornis », et c’est ainsi qu’en anglais, par le biais de la Bible du roi Jacques, l’aurochs est devenu une licorne.
8. Les monstres de Daniel étaient en réalité des empires déguisés
Le chapitre 7 du livre de Daniel, rédigé vers 167-164 av. J.-C. à l’époque de l’oppression grecque sur la Judée, décrit quatre créatures surgissant d’une mer agitée : un lion ailé, un ours affamé, un léopard à quatre têtes et un animal non identifié doté de dix cornes et de dents de fer. Les spécialistes modernes interprètent ces créatures comme représentant respectivement Babylone, la Médie, la Perse et la Grèce, tandis que les traditionalistes considèrent que la dernière créature symbolise Rome. Ces deux interprétations coexistent encore aujourd’hui.
9. L'armée des sauterelles avait un délai de cinq mois
Les sauterelles de l’Apocalypse 9 jaillissent de l’abîme sans fond en immenses essaims. Elles ont des visages d’hommes, des dents de lions, des queues de scorpions et des couronnes d’or sur la tête. Elles sont menées par un être appelé Abaddon en hébreu et Apollyon (qui signifie « destructeur ») en grec. Elles ne tuent pas les gens, mais les tourmentent pendant cinq mois, soit la durée de vie d’un essaim de sauterelles du désert, du début du printemps jusqu’à la fin de l’été.
10. Les séraphins partagent leur nom avec les serpents
Ésaïe écrit, vers 740 av. J.-C., que des séraphins à six ailes planent autour du trône de Dieu : deux de leurs ailes leur couvrent le visage, deux leur couvrent les pieds, et deux leur servent à voler. L’un d’eux dépose un charbon ardent sur les lèvres d’Ésaïe. (Le mot « séraphin » signifie en quelque sorte « brûlant » et, dans d’autres contextes, fait référence à des serpents venimeux ; on peut entendre le sifflement d’un serpent dans le mot angélique le plus connu de la Bible.)
11. Deux Rahab, une seule orthographe, aucun lien de parenté
Dans la poésie hébraïque, il existe un dragon du chaos primordial qui est vaincu et anéanti par Dieu au moment de la création, et dont le nom est Rahab (voir Psaume 89, Ésaïe 51). Il ne s’agit pas de la Rahab qui a caché les espions israélites à Jéricho ; ce sont deux mots hébreux différents qui se traduisent tous deux par « Rahab » en français. Plus tard, les prophètes ont utilisé le nom de ce dragon du chaos comme surnom moqueur pour désigner l’Égypte lorsqu’ils ont raconté l’Exode.
12. La Genèse a délibérément relégué les monstres marins au second plan
Selon Genèse 1:21, Dieu créa « les grands monstres marins » au cinquième jour, dans le cadre de sa création ordonnée et bonne. Il s’agissait peut-être d’une subtile pique à l’encontre d’autres récits antiques, comme ceux que l’on trouve dans les textes ougaritiques (vers 1200 av. J.-C.) concernant le serpent marin Lotan, présenté comme un adversaire anéanti par le dieu de la tempête Baal. Cependant, dans ce récit, il s’agit simplement d’une autre créature qui apparaît en temps voulu. Il n’y a pas de combat.
13. Personne ne s'accorde sur ce qu'est réellement Azazel
Dans Lévitique 16, lorsque Dieu décrit comment célébrer Yom Kippour, le grand prêtre choisit deux boucs par tirage au sort. Il en sacrifie un sur l’autel et envoie l’autre « vers Azazel », pour qu’il erre librement dans le désert. La Torah ne précise pas ce qu’est Azazel : s’agit-il d’un démon du désert, d’un rocher particulier ou du désert dans son ensemble ? Plus tard, le Livre d’Hénoch décrit Azazel comme un ange déchu qui est enchaîné et enterré dans un lieu aride.
14. Lilith n'était au départ qu'une simple note de bas de page, et non une épouse
Ésaïe 34:14 décrit les terres désolées d’Édom comme étant peuplées par « les bêtes de la nuit », parmi lesquelles figure la lilit (traduite tantôt par « chouette hulotte », tantôt par « monstre nocturne »), dont le nom provient du lilitu mésopotamien, une sorte de démon. Plus d’un millénaire plus tard, l’ouvrage médiéval connu sous le nom d’Alphabet de Ben Sira allait développer ce terme et s’en servir pour créer le mythe de Lilith, la première épouse rebelle d’Adam.
15. Les démons-chèvres dont personne ne parle
Le Lévitique fait référence aux « se’irim », des démons velus ressemblant à des chèvres, impliqués dans des pratiques occultes et vivant dans des « lieux désolés ». Isaïe en parle également. (Certaines traductions anglaises désignent ces créatures sous le nom de « satyres », mais il s’agit là d’un emprunt tardif au grec, et ces créatures sont antérieures à tout lien avec les satyres grecs.) Cette conception trouve son origine dans une ancienne croyance du Proche-Orient selon laquelle les terres en friche seraient le repaire d’esprits impurs.
16. La cockatrice n'était en réalité qu'un simple serpent
Dans Isaïe et Jérémie, le mot hébreu désignant une vipère venimeuse, « tsepha », apparaît dans les discours de jugement des deux prophètes. Dans les anciennes traductions anglaises, comme la version du roi Jacques, « tsepha » est traduit par « cockatrice », une créature issue de la mythologie médiévale, mi-serpent, mi-coq, dont on disait qu’elle tuait d’un simple regard. Le texte original ne fait aucune mention d’une telle créature. Un véritable serpent a simplement été transformé en créature fantastique lors de la traduction.
17. Mordu dans le désert, guéri en levant les yeux vers le ciel
Dans le livre des Nombres, chapitre 21, les Israélites, alors dans le désert, sont mordus par des « serpents de feu » en guise de châtiment divin, et Moïse fabrique un serpent d’airain fixé à une perche ; quiconque le regarde après avoir été mordu survit. Isaïe mentionne également des serpents ailés comme un danger réel dans le Néguev. Dans les deux cas, il s’agit de références réelles à des serpents ; les deux textes utilisent un mot qui partage la même racine que les séraphins d’Isaïe (ces êtres angéliques à six ailes), et c’est tout.
18. Un oiseau géant né de deux mots vagues
Deux psaumes mentionnent « zīz sadāy », que les spécialistes contemporains interprètent comme « les créatures des champs » ; des siècles plus tard, les rabbins auteurs du Talmud de Babylone ont transformé ce terme mystérieux en « Ziz », l’oiseau géant mythique. Il aurait été créé pour contrer le Léviathan et le Béhemoth, dont on disait qu’ils avaient une envergure suffisante pour occulter le soleil. Le nom de « Ziz » n’apparaît nulle part dans la Bible hébraïque.
19. Un poisson, deux remèdes miracles
Le livre de Tobit est un livre deutérocanonique, présent dans les Bibles catholiques et orthodoxes, mais absent de la Bible juive et de nombreuses Bibles protestantes. Dans ce livre, le jeune Tobie suit les conseils de l’archange Raphaël et attrape un poisson géant dans le Tigre. Il brûle le cœur et le foie du poisson en guise d’encens pour chasser un démon nommé Asmodée et utilise sa bile pour guérir la cécité de son père, Tobit ; pourtant, ce poisson n’a pas de nom.
20. La baleine de Jonas n'a jamais été une baleine
Selon le Livre de Jonas, Dieu envoie un « grand poisson » pour avaler Jonas après que celui-ci a été jeté à la mer par des marins lors d’une tempête. Après trois jours et trois nuits passés dans le ventre du poisson, celui-ci recrache Jonas sur la terre ferme. Bien que cela fasse penser à une baleine, la Bible ne le précise pas. Cette association a été établie par la suite, peut-être à partir du mot grec « ketos », qui se traduit approximativement par « grande créature marine ».
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