20 façons dont les informations de dernière minute se propageaient étonnamment vite avant l’apparition de la radio
On dit que la lumière va plus vite que le son. Moi, je dis que les infos vont encore plus vite ! De nos jours, je peux découvrir ce qui s’est passé à l’autre bout du monde avant même d’avoir quitté mon lit, et tout le monde sur Internet a déjà un avis sur la question. Je pensais autrefois que cette obsession d’être informé immédiatement était un problème moderne, mais les gens ont toujours été de petites éponges impatientes avides d’informations. Ça fait réfléchir : comment se passait la diffusion des nouvelles à l’époque où il n’y avait ni téléphone ni Internet ? Eh bien, voici 20 astuces ingénieuses que les gens utilisaient pour obtenir les dernières nouvelles avant que quiconque puisse simplement allumer la radio.
1. Paul Revere n'a jamais crié un seul mot
Dans la nuit du 18 avril 1775, Paul Revere et d’autres cavaliers ont sillonné le Massachusetts pour avertir la population que les troupes britanniques étaient en marche. En réalité, ils ont prévenu chaque maison sur leur passage. Revere s’est contenté de dire : « Les soldats réguliers sortent » (la célèbre phrase « Les Britanniques arrivent » provient d’un poème du XIXe siècle écrit par Longfellow). Revere faisait partie d’un réseau de messagers soigneusement organisé, dont il n’était qu’un maillon parmi d’autres. Seul Samuel Prescott a mené sa course à son terme jusqu’à Concord. Voilà qui remet en cause la version de l’histoire qui a fait de Revere le héros solitaire de minuit !
2. Reuter utilisait de vrais pigeons. Ceux de Rothschild étaient fictifs.
En avril 1850, Paul Julius Reuter utilisa 45 pigeons pour transmettre des informations boursières entre Aix-la-Chapelle et Bruxelles, comblant ainsi une lacune de 76 miles dans le réseau télégraphique. Chaque vol durait environ deux heures, alors que l’envoi des mêmes informations par chemin de fer en prenait huit. Reuter a véritablement mis les informations financières sur les ailes des pigeons ! Une anecdote similaire concernant Nathan Rothschild n’est toutefois pas aussi solidement étayée. En 1846, une brochure française affirmait que Rothschild avait utilisé des pigeons voyageurs pour obtenir des informations en avant-première sur la bataille de Waterloo et accaparer le marché. Il n’existe en réalité aucune preuve qu’il ait eu recours à des pigeons, mais les Rothschild utilisaient bel et bien un service de messagerie rapide.
3. Pheidippides n'est pas mort. Il s'agit d'une légende apparue plus tard.
En 490 av. J.-C., avant la bataille de Marathon, Hérodote rapporta que le messager grec Pheidippides avait couru plus de 140 miles entre Athènes et Sparte pour demander un renfort militaire. L’histoire souvent citée selon laquelle il aurait couru 26,2 miles de Marathon à Athènes avant de s’effondrer mort ne date que de plusieurs siècles plus tard et provient d’auteurs tels que Plutarque et Lucien ; elle est considérée comme une légende plutôt que comme un fait historique. Il a couru tout ce chemin, et l’histoire lui a encore ajouté une course supplémentaire ! Des siècles plus tard, à l’autre bout du monde, l’empire inca disposait de ses propres messagers de longue distance, appelés « chasquis ». Ils fonctionnaient selon un système de relais, se déplaçant entre des relais situés le long de routes pavées et parcourant jusqu’à 150 miles par jour, avec des « quipus », ou cordes nouées, servant de système d’enregistrement.
4. Les résultats des élections, retransmis à travers 30 miles de ciel
À partir des années 1890, les journaux ont trouvé un moyen assez spectaculaire d’annoncer les résultats des élections avant l’arrivée de la radio. Le New York Times et le Chicago Daily News publiaient des codes lumineux en première page afin que les lecteurs qui ne pouvaient pas se rendre en ville puissent tout de même savoir, depuis une distance pouvant aller jusqu’à 30 miles, quel candidat avait remporté l’élection. Ils observaient le projecteur installé au sommet du bâtiment du journal osciller d’un côté à l’autre (le candidat X a gagné !) ou se balancer de haut en bas (le candidat Y a gagné !).
5. Un seul mot a suffi pour rendre célèbre le message de Nelson
Avant la bataille de Trafalgar en 1805, l’amiral britannique Horatio Nelson souhaitait envoyer un signal à sa flotte. Le lieutenant John Pasco suggéra à Nelson de modifier son message initial, « L’Angleterre est convaincue que chaque homme fera son devoir », pour le remplacer par le célèbre « L’Angleterre attend… », car le mot « attend » correspondait à un code de pavillons figurant dans le livre de codes numériques de Sir Home Popham. Le mot « confides », en revanche, aurait dû être épelé lettre par lettre. Ce minuscule changement de mot leur a permis d’économiser pas mal de pavillons ! Nelson accepta, et c’est cette version que la Royal Navy transmit à Trafalgar le 21 octobre 1805.
6. Les tambours d'Afrique de l'Ouest ne battaient pas un rythme codé. Ils parlaient.
Dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, des tambours à tension appelés « dundun » et des tambours fendus en bois étaient accordés pour reproduire les tonalités et les rythmes de la langue parlée (le yoruba, l’igbo et le twi, par exemple, sont des langues tonales). Les percussionnistes utilisant ces instruments communiquaient des phrases réelles, et non pas seulement des messages codés, d’un village à l’autre, distants de quatre à cinq miles. Selon l’ethnomusicologue J.F. Carrington, les nouvelles concernant une guerre, une naissance, la mort d’un roi ou d’autres événements importants pouvaient parcourir des dizaines de miles en quelques minutes.
7. Un câble est tombé en panne. Le deuxième a tout changé.
Avant que les câbles télégraphiques transatlantiques ne relient l’Europe et l’Amérique du Nord, les nouvelles circulaient entre les deux continents en 10 à 14 jours par bateau à vapeur. Le premier câble du financier Cyrus Field a permis de transmettre le télégramme de 98 mots de la reine Victoria depuis l’Irlande jusqu’à Terre-Neuve en 1858, mais il est tombé en panne après seulement trois semaines d’utilisation lorsque l’électricien Wildman Whitehouse a appliqué des impulsions à haute tension qui ont détruit l’isolation. Une avancée bien éphémère ! Un câble plus résistant, posé par le SS Great Eastern le 27 juillet 1866, permit enfin d’établir une liaison télégraphique permanente.
8. La fumée des incendies de forêt pourrait propager une alerte sur des centaines de miles en quelques heures
Le long de la Grande Muraille de Chine, des tours de guet surélevées appelées « fengsui » (et non « feng shui » !) servaient à transmettre des alertes sur de longues distances. Les gardes produisaient une épaisse fumée pendant la journée ou allumaient des feux de joie la nuit pour avertir leurs collègues des tours de guet voisines d’un danger. Cette fumée, obtenue en mélangeant de la paille et du fumier, était connue sous le nom de « fumée du loup », ou « langyan ». Elle n’avait qu’une seule signification : « les ennemis arrivent ! » Le signal était ensuite transmis de tour de guet en tour de guet. D’après les archives militaires et les découvertes archéologiques, l’alerte pouvait parcourir 300 à 500 kilomètres en seulement quelques heures.
9. Les cloches sonnaient différemment selon qu’il s’agissait d’un incendie, d’un décès ou d’une victoire
Du Grand Incendie de Londres de 1666 à la bataille de Waterloo en 1815, les cloches ont relayé les dernières nouvelles. Des siècles avant que le grand public ne puisse lire les actualités, les cloches municipales et paroissiales faisaient office de journal audio, de système d’alerte sonore : un tocsin irrégulier sonné rapidement signalait l’approche d’une armée, une inondation ou un incendie imminent ; la « cloche funèbre », lente et rythmée, annonçait un décès ; un carillon annonçait une bataille remportée ou un accord de paix.
10. Le télégraphe a rendu la distance presque insignifiante
Le 24 mai 1844, le message « What hath God wrought » fut transmis par télégraphe via un câble en cuivre reliant Washington, D.C., à Baltimore, démontrant ainsi que les nouvelles pouvaient parvenir presque instantanément, et non plus plusieurs jours plus tard. Dès mai 1846, les journaux new-yorkais couvrant la guerre américano-mexicaine mirent leurs fonds en commun pour financer l’utilisation de cette technologie (développée aux États-Unis par Samuel Morse et Alfred Vail, tandis qu’un système télégraphique commercial était exploité en Grande-Bretagne par William Fothergill Cooke et Charles Wheatstone). Cette coopérative devint l’Associated Press. L’actualité avait officiellement pris de la vitesse !
11. Un incendie au sommet d'une colline pourrait alerter tout un pays
En juillet 1588, lorsque l’Armada espagnole, qui approchait, fut aperçue depuis Lizard Point, en Cornouailles, les guetteurs allumèrent un feu d’alerte. Un autre fut allumé au sommet de la colline suivante, puis de la suivante, jusqu’à ce que le signal se propage à travers toute l’Angleterre grâce à des tonneaux de poix et des braseros en fer. Le message était simple mais sans équivoque : l’ennemi était là. La nouvelle parvint à Londres en quelques heures, mobilisant les milices de tout le pays, avec plusieurs jours d’avance par rapport à ce qu’aurait pu accomplir un cavalier.
12. Paris a appris la nouvelle en moins d'une heure, par sémaphore
Dans les années 1790, la France a mis en place un réseau de tours de sémaphore pour transmettre des messages sur de longues distances. Ces tours n’étaient pas des drapeaux portés à la main, mais des structures fixes. Elles étaient espacées de 5 à 15 kilomètres à travers la campagne française. Chaque tour envoyait des signaux à l’aide de bras en bois disposés selon une série de configurations codées. Chaque station observait le message de la station précédente à l’aide d’un télescope et le relayait. Un message célèbre datant d’août 1794 annonça la reprise de Condé-sur-l’Escaut : il fut transmis de Lille à Paris, soit une distance d’environ 120 miles, en moins d’une heure grâce à 15 stations relais.
13. Des actualités mises en musique et vendues aux coins des rues
Du XVIe au XIXe siècle, les ballades imprimées sur feuilles volantes constituaient la forme la plus courante d’imprimés musicaux. Elles faisaient office de sorte de journal à sensation, relatant les événements d’actualité et les exagérant. Les imprimeurs publiaient les nouvelles du moment, en vers, imprimées sur du papier bon marché, traitant d’exécutions, de batailles et de scandales. Les chanteurs ambulants achetaient ces feuilles volantes et les chantaient sur des airs connus dans les tavernes et au coin des rues ; et même si la foule ne savait pas lire, certains n’en achetaient pas moins des exemplaires.
14. Les crieurs publics annonçaient les nouvelles. Puis ils les clouaient à un poteau.
On pense généralement que l’expression « afficher un avis » vient du fait que les crieurs publics clouaient autrefois leurs proclamations à un poteau après les avoir lues à haute voix. L’association des crieurs publics avec l’expression « ne tirez pas sur le messager » relève tout autant du mythe. En réalité, de 1066 jusqu’au XIXe siècle, les crieurs faisaient tinter leur clochette pour demander le silence et prononçaient leur triple proclamation habituelle avant de lire sur la place du marché les nouvelles concernant les guerres, les décrets fiscaux ou d’autres proclamations, après quoi ils affichaient une version écrite sur un poteau en bois.
15. Un coup de canon a été entendu à New York en environ 90 minutes
Le 26 octobre 1825, lorsque le gouverneur DeWitt Clinton quitta Buffalo pour inaugurer le canal Érié, long de 363 miles, un coup de canon fut tiré pour annoncer que « le gouverneur était parti ». D’autres canons étaient postés tout au long du tracé du canal, chacun à portée du suivant. À mesure que les artilleurs de chaque poste entendaient les coups de canon, ils tiraient à leur tour. En l’espace de 80 à 90 minutes environ, New York apprit que le gouverneur avait quitté Buffalo.
16. Des journalistes ont pris la mer à la rame pour devancer leurs rivaux
La concurrence entre les journaux de New York et de Boston était si vive que, des années 1820 aux années 1850, certains possédaient des goélettes rapides ou des vedettes à vapeur pour aller à la rencontre des paquebots à vapeur en mer. Les équipages récupéraient les boîtes contenant les nouvelles d’Europe, lancées à l’eau depuis les navires, puis regagnaient la côte à la rame. Les typographes commençaient à mettre en page les éditions spéciales plusieurs heures avant même que les paquebots n’arrivent au port. Il n’y avait pas encore de câbles télégraphiques sous-marins.
17. Un miroir pourrait transmettre un message en code Morse sur une distance de 50 miles
L’héliographe se composait d’un petit miroir réglable monté sur un trépied, qui reflétait la lumière du soleil selon le code Morse. Par temps clair, les messages pouvaient être vus à des distances comprises entre trente et cinquante miles. L’héliographe a été utilisé par l’armée britannique, notamment en Inde et en Afrique du Sud. L’armée américaine s’en est servie dans les années 1880, lors des campagnes contre les Apaches, pour transmettre des alertes tactiques à travers le Nouveau-Mexique et l’Arizona. Les héliographes étaient toutefois totalement inutiles par temps nuageux !
18. Le téléscripteur diffusait les informations sans intervention humaine
Les bulletins de guerre, les résultats électoraux, les cours de la bourse et autres informations de dernière minute transmises par télégraphe parvenaient aux banques, aux sociétés de courtage, voire aux hôtels et aux clubs grâce au téléscripteur boursier, inventé en 1867 par Edward Calahan. Le téléscripteur boursier recevait le code télégraphique et imprimait les lettres correspondantes sur une étroite bande de papier. Le téléscripteur, ainsi nommé en raison des cliquetis qu’il produisait, ne nécessitait pas la présence d’un opérateur Morse à la réception. La machine pouvait effectuer la traduction elle-même ! Thomas Edison fit breveter une amélioration de la conception du téléscripteur en 1869.
19. À Times Square, on a suivi les dernières nouvelles en direct, sans avoir besoin de la radio
Avant que les projecteurs ne balayent le ciel nocturne pour afficher les résultats, il y avait des tableaux noirs, des bulletins rédigés à la main et des feuilles de papier imprimées à partir des dépêches de la rédaction, affichées dans les vitrines des bâtiments abritant les rédactions, au niveau de la rue. Lors d’événements majeurs, notamment les élections, les matchs des World Series et les batailles en temps de guerre, les foules se pressaient en masse et se rassemblaient sur des places comme Times Square pour suivre l’arrivée progressive des résultats.
20. Des vendeurs de journaux avaient annoncé le naufrage du Titanic avant même que la radio n'existe
Lorsqu’un événement majeur méritait une couverture immédiate et que le calendrier de publication habituel ne permettait pas de répondre à cette urgence, les journaux publiaient une édition spéciale dite « Extra ». Ces feuilles volantes d’une seule page étaient imprimées en réorganisant la composition de la une en quelques minutes, puis vendues par liasses aux vendeurs de journaux, qui criaient : « Extra, extra, lisez tout là-dessus ! » Les éditions « Extra » ont révélé au public les nouvelles choquantes du naufrage du Titanic en 1912 ou du début de la Première Guerre mondiale en 1914, et ont dominé la couverture de l’actualité brûlante jusqu’à ce qu’elles soient supplantées par la radio à la fin des années 1920 et dans les années 1930.
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