Je ne sais pas si j’ai regardé trop de films américains, mais chaque fois que j’imagine les années 1950, il y a toujours un « diner » quelque part en arrière-plan. Je parle de sols à carreaux, de tabourets en chrome brillant, d’un juke-box dans un coin, et de quelqu’un en train de boire un milkshake d’une perfection suspecte à l’aide d’une paille rayée. Et c’est encore mieux si une serveuse passe en portant un hamburger et des frites dans un seul bras ! Tout ça m’a amené à me demander ce que les gens commandaient réellement dans ces endroits, car la nourriture que je vois à l’écran a l’air vraiment appétissante. Il s’avère que le menu classique des diners regorgeait de plats dont l’histoire était bien plus ancienne et bien plus insolite que celle des établissements eux-mêmes ! Voici 20 plats classiques des diners qui ont marqué les années 1940 et 1950, même si bon nombre d’entre eux existaient depuis bien plus longtemps.
1. L'« Egg Cream » ne contient ni œuf ni crème
J’adore les choses aux noms ironiques, et ce soi-disant « egg cream » en fait partie, car il ne contient ni œuf, ni crème ! Il est simplement préparé avec du lait froid, de l’eau gazeuse et du sirop de chocolat, le tout mélangé énergiquement jusqu’à obtenir une mousse blanche et dense sur un lit de bulles. Le sirop de chocolat était traditionnellement celui de la marque Fox’s U-Bet, lancé à Brooklyn vers 1900. Quoi qu’il en soit, ce nom s’est imposé dans la culture des fontaines à soda de Brooklyn au milieu du siècle dernier.
2. La célèbre histoire du « Tuna Melt » et de son déversement n'est qu'une légende urbaine
La salade de thon gratinée, également connue sous le nom de « Tuna Au Gratin » (salade de thon chaude, fromage fondu sur du pain grillé), est mentionnée dans des documents imprimés dès 1951, dans les références aux menus du New York Times. Cela s’est passé neuf ans avant la légende urbaine largement répandue selon laquelle un accident survenu en 1960 dans les cuisines d’un Woolworth’s de Charleston, en Caroline du Sud, aurait donné naissance au « tuna melt ». En bref, le « tuna melt » est en réalité antérieur à cette légende.
3. Le code S.O.S. provient d’un manuel de l’armée de terre, et non de la marine
Un grand classique des diners que les vétérans de la Seconde Guerre mondiale ont ramené du front est le « creamed chipped beef on toast » : des tranches de bœuf séché nappées d’une sauce blanche crémeuse, servies sur du pain grillé. Les militaires l’appelaient « S.O.S. », une référence peut-être peu flatteuse à son aspect dans l’assiette. Bien que ce plat soit souvent attribué aux cuisiniers de la Marine pendant la Seconde Guerre mondiale, il faisait en réalité partie de la cuisine militaire depuis des décennies. Une recette de bœuf effiloché à la crème figure sous le numéro 251 dans le Manuel des cuisiniers de l’armée publié en 1910 par le ministère américain de la Guerre. Après la guerre, les vétérans ont ramené chez eux ce plat qu’ils connaissaient bien, et celui-ci est devenu un incontournable des diners civils tout au long des années 1940 et 1950.
4. Le « Patty Melt » a été conçu pour être cuit en un seul passage sur une plaque chauffante
Bien que ses origines exactes restent floues, le « patty melt » est le plus souvent attribué à William « Tiny » Naylor, qui le servait dans ses cafés de la région de Los Angeles, « Tiny Naylor’s » et « Biff’s », à la fin des années 1940 et au début des années 1950. Composé d’une galette de bœuf, de fromage suisse fondu et d’oignons caramélisés entre deux tranches de pain de seigle beurrées, ce sandwich était cuit à la plancha en un seul bloc.
5. Le « banana split » était déjà d'âge mûr dans les années 1950
En 1904, à Latrobe, en Pennsylvanie, le pharmacien David Evans Strickler coupa une banane en deux dans le sens de la longueur et la disposa à côté de trois boules de glace au chocolat, à la vanille et à la fraise. Il agrémenta le tout de sirop, de noix hachées, de crème fouettée et de cerises au marasquin. Et voilà, le banana split était né ! Mais il fallut attendre encore cinq décennies avant qu’il ne devienne une icône culturelle. Dans les années 1950, le banana split (et les sundaes en général) est devenu omniprésent sur les comptoirs des diners américains.
6. Le milkshake au malt a d'abord été conçu comme un aliment pour bébés
En 1883, William Horlick fit breveter de la poudre de lait malté destinée à servir de complément alimentaire pour nourrissons, puis, en 1887, il l’enregistra sous le nom de « Malted Milk ». Il fallut attendre près de quatre décennies avant que quelqu’un ne l’utilise pour préparer un milk-shake au malt. C’est Ivar « Pop » Coulson qui, à Chicago en 1922, eut l’idée de mélanger de la poudre de malt et de la crème glacée pour créer le « malt », la boisson phare des fontaines à soda tout au long des années 1940 et 1950.
7. Le « root beer float » est né dans un bar du Colorado
En 1893, Frank J. Wisner, tenancier d’une taverne à Cripple Creek, dans le Colorado, a déposé une boule de glace à la vanille sur de la root beer et a baptisé cette création « Black Cow ». Mais ce n’est qu’au cours des années 1940 et 1950 que les fontaines à soda des restaurants ont commencé à proposer régulièrement ces « floats », attirant les clients grâce à leur mousse sucrée et pétillante. Je trouve incroyable que le « float » ait en fait vu le jour dans un saloon, et non dans un glacier !
8. Il a fallu deux entreprises pour que le sandwich au fromage fondu et la soupe à la tomate voient le jour
En 1950, Kraft a lancé les « Kraft De Luxe Process Slices », des morceaux individuels de fromage fondu en tranches carrées prêtes à être utilisées dans un sandwich, bien qu’elles ne fussent pas encore emballées sous film plastique ; Clearfield Cheese a breveté cette caractéristique en 1956. Une fois que les carrés de Kraft ont été associés à la soupe de tomates condensée de Campbell, vendue en boîte depuis 1897, n’importe quelle cuisine pouvait préparer cette combinaison sur du pain blanc industriel en quelques minutes. Tout était une question de praticité !
9. L'origine du nom du « poulet à la King » fait toujours l'objet d'un débat
Des dés de poulet, des champignons, des piments et des petits pois nappés d’une sauce à la crème au xérès, le tout servi sur des triangles de pain grillé, constituaient à l’origine un plat servi dans les hôtels de luxe à la fin du XIXe siècle, et non une création des diners. La question de savoir si ce classique a été inventé par le chef William King ou par l’hôtelier E. Clarke King fait encore débat. Quoi qu’il en soit, les cuisiniers des diners du milieu du siècle ont estimé que le « poulet à la King » était un excellent moyen de transformer les restes de poulet rôti en un délicieux plat du jour.
10. Le sandwich BLT est plus ancien que l'expression « BLT »
Les combinaisons de bacon, de laitue et de tomate apparaissent dans les livres de cuisine dès 1903, comme une variante du club sandwich. L’abréviation BLT est quant à elle beaucoup plus récente. Elle est née dans le jargon des diners et a fait son apparition dans la presse nationale vers 1950, lorsque les chaînes d’approvisionnement d’après-guerre ont pu fournir des produits frais toute l’année. Mais pendant 50 ans, elle a existé sans nom.
11. Le « Salisbury Steak » était à l'origine un remède pour la santé
Le « Salisbury steak » a été inventé par le Dr James H. Salisbury en 1888 dans le cadre de son régime à base de viande maigre, et non comme un substitut bon marché. Au milieu du siècle dernier, les restaurants le nappaient d’une sauce aux oignons et aux champignons et le servaient comme une version économique du steak. Il a ensuite été surgelé par Swanson pour les plateaux-repas en 1954.
12. Le sandwich de Denver régnait en maître sur la plaque chauffante avant l'omelette
Des œufs brouillés, des dés de jambon, des oignons et des poivrons verts entre deux tranches de pain grillées et beurrées : voilà en quoi consistait ce plat. Il s’agissait d’un sandwich très apprécié, préparé à la poêle dans les diners du milieu du siècle dernier, avant de devenir une omelette servie à l’assiette, dont l’origine remonte à une combinaison de la frontière du XIXe siècle associant œufs, jambon et légumes. Il n’existe toutefois aucune preuve étayant la légende populaire selon laquelle ce plat aurait été inventé pour masquer des œufs avariés transportés en chariot.
13. L'« assiette diététique » des années 1950 n'avait rien à voir avec une salade
Dans les années 50, alors que l’on commençait à se soucier de son poids, un plat typique au restaurant se composait en gros d’une cuillerée de fromage blanc posée sur de la laitue iceberg, accompagnée d’un steak haché grillé sans pain ou d’un œuf dur, et d’une moitié de pêche ou d’ananas en conserve en accompagnement. Pas vraiment ce qu’on appellerait une salade verte selon nos critères actuels ! C’était là le repas léger de l’Amérique du milieu du siècle.
14. Le sandwich au rosbif chaud a été conçu pour la rapidité
Un autre classique du déjeuner dans les diners des années 1950 était le sandwich au rosbif chaud : d’épaisses tranches de rosbif empilées sur du pain blanc, nappées d’une sauce au bœuf foncée, et servies avec une purée de pommes de terre en accompagnement. On pouvait se procurer le tout pour moins d’un dollar dans de nombreux diners. Et c’était parfait pour les ouvriers pressés à l’heure du déjeuner : découper le bœuf, l’empiler sur le pain, verser la sauce, et le tour était joué. Rien d’extraordinaire, juste un repas chaud et copieux qui pouvait être servi rapidement.
15. Diners : de la dinde rôtie tous les jours, pas seulement à Thanksgiving
La cuisine du snack-bar rôtissait chaque jour des dindes fraîches entières afin de pouvoir proposer des formules déjeuner à préparer rapidement, telles que de la dinde sur du pain blanc, de la sauce à la dinde, de la purée de pommes de terre et de la sauce aux canneberges. À la maison, la dinde restait un plat réservé aux fêtes ; sur le comptoir du snack-bar, elle n’était qu’une des nombreuses formules déjeuner proposées.
16. Le hachis de corned-beef s'est démocratisé dès qu'il a été commercialisé en conserve
Une assiette de corned-beef et de pommes de terre hachés, pressés sur une plaque chauffante jusqu’à ce qu’ils forment une croûte dorée, et garnie d’œufs au plat, était déjà un plat courant dans les diners. Mais l’apparition, après la guerre, du hachis de corned-beef en conserve a permis d’éliminer les étapes fastidieuses du salage et du hachage à la main, ce qui a accéléré le service du petit-déjeuner sans pour autant modifier le repas lui-même.
17. Le « chicken-fried steak » trouve son origine dans le schnitzel allemand
Le « chicken-fried steak » est une version texane du « wiener schnitzel », plat originaire des immigrants allemands du XIXe siècle : il s’agit d’escalopes de bœuf coupées en cubes, attendries et enrobées de farine assaisonnée, puis frites sur une plaque chauffante et nappées d’une sauce blanche crémeuse au poivre. Ce plat gourmand et très calorique est devenu un incontournable des diners et des relais routiers à travers tout le pays après la Seconde Guerre mondiale.
18. Le pain de viande est né d'une astuce de survie pendant la Grande Dépression
À l’origine, le « meatloaf » était une recette économique née pendant la Grande Dépression, destinée à faire durer plus longtemps une viande peu coûteuse. Il s’agissait plus précisément de viande hachée mélangée à de la chapelure, du lait et des assaisonnements, façonnée en pain, cuite au four, puis découpée en tranches épaisses et servie avec une sauce brune. Dans les années 40 et 50, c’était le plat phare du « Blue Plate Special ». Les temps difficiles ont contribué à enrichir sa recette !
19. Pie à La Mode : l'affaire « Beat The Diner » par décennies
Une tarte chaude aux cerises ou aux pommes, à la croûte en treillis, accompagnée d’une boule de glace à la vanille, trônait peut-être sous une cloche en verre sur le comptoir de nombreux restaurants-snacks dans les années 1950, mais le terme « à la mode », utilisé pour décrire cette tarte, apparaît dans la presse américaine dès les années 1890. Ce dessert était déjà réputé depuis longtemps avant même que les restaurants-snacks ne le mettent en vitrine.
20. Bob Wian a inventé le double cheeseburger 31 ans avant le Big Mac
En 1937, au « Bob’s Pantry » de Glendale, en Californie, Bob Wian a superposé deux steaks hachés entre trois tranches de pain. Cette invention s’est largement répandue au cours des années 1940 et 1950 grâce aux autres restaurants « Bob’s Big Boy ». Il a fallu attendre encore trente et un ans pour que le Big Mac devienne un incontournable du menu de McDonald’s, lorsque la chaîne l’a lancé à l’échelle nationale en 1968.
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