L’administration Trump fait pression pour remplacer le nom d’un héros de guerre Afro-Américain par celui de Trump sur un porte-avions
Un différend concernant le nom d’un futur porte-avions américain est en train de se transformer en un conflit beaucoup plus vaste portant sur l’histoire militaire et les prérogatives présidentielles. Un hommage sans précédent destiné à un marin noir décoré de la Seconde Guerre mondiale pourrait désormais être remplacé par le nom du commandant en chef actuel. Alors que la famille du héros a été prise au dépourvu et que les législateurs s’y opposent, ce changement proposé alimente une polémique grandissante.
Un changement de nom controversé pour une compagnie aérienne
L’administration Trump fait pression pour que le futur porte-avions CVN-81 soit éventuellement rebaptisé en l’honneur de Donald Trump, au lieu de rendre hommage à Doris « Dorie » Miller, héros noir de la Seconde Guerre mondiale. Cette proposition a suscité la polémique, car ce navire devait devenir le premier porte-avions américain à porter le nom d’un Afro-Américain et d’un simple matelot, ce qui conférait au choix de Miller une importance historique exceptionnelle.
Une première historique pourrait disparaître
Le nom de Miller a été choisi pour ce porte-avions en 2020, plaçant ainsi un matelot noir du rang aux côtés des présidents et des grands chefs militaires honorés au sein de la flotte américaine de porte-avions. Les détracteurs font valoir que le fait de retirer son nom avant même que le CVN-81 n’entre en service effacerait une étape importante pour la représentation des Noirs dans l’armée et minimiserait la reconnaissance accordée à un militaire dont l’héroïsme fait désormais partie de l’histoire militaire américaine.
L'héroïsme de Miller à Pearl Harbor
Miller servait comme aide de cantine à bord de l’USS West Virginia lorsque le Japon a attaqué Pearl Harbor le 7 décembre 1941. Au cours de l’assaut, il a aidé à mettre son capitaine, mortellement blessé, à l’abri avant de prendre les commandes d’une mitrailleuse antiaérienne, bien qu’il n’ait reçu aucune formation officielle pour manier cette arme, et de tirer sur les avions japonais en attaque.
Le premier Noir à avoir reçu la Navy Cross
Miller a continué à prêter main-forte à bord du navire gravement endommagé jusqu’à ce qu’on lui ordonne finalement de l’abandonner. Ses actes lui ont valu la Navy Cross, faisant de lui le premier Afro-Américain à recevoir cette prestigieuse décoration. Le fait de donner le nom de Miller à un porte-avions visait donc à rendre hommage à la fois à son courage personnel et à la contribution des marins noirs au sein d’une marine en temps de guerre marquée par la ségrégation.
Trump pourrait remplacer le nom de Miller
La polémique s’est intensifiée car Miller risquerait d’être remplacé par l’actuel commandant en chef. Bien que les porte-avions modernes portent souvent le nom de présidents américains, rendre hommage à Trump alors qu’il est encore en fonction constituerait une rupture avec la tradition établie. Les détracteurs ont qualifié cette éventualité d’exemple extraordinaire d’autopromotion présidentielle mettant en jeu l’un des atouts militaires les plus puissants des États-Unis.
Le nom de Miller commence à disparaître
Les interrogations concernant le futur nom du porte-avions se sont multipliées après que la Marine aurait commencé à désigner ce navire inachevé principalement par sa référence de coque, CVN-81. Le nom de Miller figurait également pas dans un récent ordre de construction navale émanant de la Maison Blanche. Ces changements ont alimenté les craintes selon lesquelles l’administration serait déjà en train de préparer le terrain administratif nécessaire pour remplacer la désignation annoncée précédemment.
Un navire plus petit proposé pour Miller
L’administration aurait envisagé de donner le nom de Miller à un navire de guerre plus petit, tout en soutenant sa candidature à la Médaille d’honneur à titre posthume. Les détracteurs ont rejeté cette possibilité, la jugeant insuffisante, en faisant valoir que le fait d’attribuer son nom à un navire plus petit diminuerait la distinction historique initialement promise, tout en ouvrant la voie à ce que le porte-avions lui-même porte le nom de Trump.
La famille de Miller affirme avoir été prise au dépourvu
La famille de Miller n’aurait pas été informée directement de ce changement éventuel. Son petit-neveu, Thomas Bledsoe, a déclaré : « Non seulement cela a été un choc, mais cela a d’autant plus été un choc que nous l’avons appris par un média plutôt que par la Marine ». La famille attendait depuis des années la mise en service d’un porte-avions portant le nom de Miller.
Les législateurs ripostent
Cette proposition a également suscité une opposition politique, des parlementaires et des défenseurs des droits civiques faisant valoir que les honneurs militaires ne devaient pas servir d’outils de promotion de l’image présidentielle. Les détracteurs se demandent pourquoi il faudrait priver Miller d’un honneur déjà annoncé pour que Trump en reçoive un, plutôt que de choisir un autre futur navire, et certains parlementaires ont évoqué la possibilité de recourir aux pouvoirs du Congrès pour empêcher ce changement.
Questions sur la neutralité militaire
Ce différend place les responsables de la Marine et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, dans une situation délicate, celle de devoir éventuellement superviser le retrait du nom d’un héros de guerre décoré au profit de l’actuel commandant en chef. Les opposants font valoir qu’une telle décision risque de politiser les commémorations militaires et soulève la question de savoir si les présidents devraient influencer les décisions de dénomination qui leur rendent personnellement hommage.
Une bataille autour de l'histoire et du pouvoir présidentiel
La polémique dépasse finalement le simple nom peint sur le CVN-81. Miller devait devenir le premier Afro-Américain à voir un porte-avions porter son nom. Le remplacer par Trump reviendrait à donner à un président en exercice le nom de ce navire, transformant ainsi un hommage novateur rendu à un héros de guerre noir en un débat plus large sur l’histoire, la tradition militaire et l’autopromotion présidentielle.