Donald Trump s’est immiscé dans l’une des transactions médiatiques les plus importantes de ces dernières années, faisant publiquement pression sur Netflix pour que la société retire Susan Rice, ancienne conseillère d’Obama, de son conseil d’administration, alors que celle-ci poursuit son projet de rachat du studio Warner Bros Discovery et des actifs de HBO.
Dans un message enflammé publié sur Truth Social, le président a averti le géant du streaming qu’il devait agir « IMMÉDIATEMENT » ou « en subir les conséquences », transformant ainsi une question de gouvernance d’entreprise en un sujet politique brûlant.
Cette intervention ajoute une nouvelle incertitude à une transaction de plusieurs milliards de dollars déjà soumise à l’examen des autorités réglementaires et intensifie la surveillance de l’intersection croissante entre la politique, le pouvoir des médias et le leadership des entreprises aux États-Unis.
Une acquisition à haut risque
Donald Trump a fortement intensifié son affrontement avec Netflix cette semaine, exigeant publiquement que la société révoque Susan Rice, membre de son conseil d’administration, alors qu’elle poursuit son projet de rachat à haut risque du studio Warner Bros Discovery et des actifs de HBO. Dans une réponse publiée sur Truth Social à un message de la militante conservatrice Laura Loomer, le président a adressé un avertissement direct au géant du streaming.
« Netflix devrait licencier IMMÉDIATEMENT Susan Rice, raciste et dérangée par Trump, ou en subir les conséquences. Elle n’a aucun talent ni aucune compétence, c’est une pure politicienne ! SON POUVOIR A DISPARU ET NE REVIENDRA JAMAIS. Combien est-elle payée, et pour quoi ? Merci de votre attention sur cette question. Président DJT ». Ce message a immédiatement injecté une dimension partisane dans une transaction commerciale déjà sensible.
ère Obama
Susan Rice, qui a occupé les fonctions d’ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies puis de conseillère à la sécurité nationale sous la présidence de Barack Obama, a rejoint le conseil d’administration de Netflix en 2023 après avoir démissionné pour rejoindre l’administration Biden en tant que directrice du Conseil de politique intérieure.
Son retour dans l’entreprise a placé une figure de proue de la politique étrangère démocrate au centre de l’une des sociétés médiatiques les plus puissantes au monde.
Rice est depuis longtemps la cible des critiques des républicains en raison de son rôle dans les décisions de sécurité nationale prises sous l’administration Obama, et sa présence au conseil d’administration de Netflix a suscité un regain d’attention alors que l’entreprise cherche à étendre son influence par le biais d’une acquisition transformatrice.
80 milliards de dollars
Au cœur du litige se trouve le projet d’acquisition par Netflix des principaux actifs de Warner Bros Discovery, notamment le studio de cinéma et de télévision Warner Bros et la marque HBO, dans le cadre d’une transaction évaluée à plus de 80 milliards de dollars.
Cette transaction, approuvée par le conseil d’administration de Warner Bros Discovery en décembre, permettrait de combiner la domination mondiale de Netflix dans le domaine du streaming avec le catalogue de contenus premium de HBO et la bibliothèque de productions historiques de Warner Bros.
Si les autorités de régulation donnent leur accord, des franchises allant de DC Studios aux séries HBO à succès rejoindraient le giron de Netflix.
L’ampleur du projet de rachat a déjà suscité des questions de la part des autorités antitrust et des analystes du secteur concernant la concurrence, la concentration du marché et l’impact sur les consommateurs.
Une transaction commerciale
La direction de Netflix a cherché à présenter cette transaction comme une simple affaire commerciale. Le co-PDG Ted Sarandos a répondu à la controverse dans une interview, déclarant :
« Il s’agit d’une transaction commerciale. Ce n’est pas une transaction politique. »
Sarandos a souligné que les autorités réglementaires, y compris le ministère de la Justice, sont chargées d’évaluer la fusion au regard de la législation antitrust.
La société n’a pas indiqué son intention de modifier la composition de son conseil d’administration en réponse à des pressions politiques.
Au contraire, les dirigeants se sont concentrés sur la justification stratégique de l’acquisition, arguant que l’intégration des capacités de production de Warner Bros et de la marque HBO renforcerait la position concurrentielle de Netflix sur un marché mondial du streaming de plus en plus encombré.
Les conséquences
La dimension politique s’est intensifiée après que Laura Loomer ait exhorté Trump à intervenir et à bloquer ce qu’elle a décrit comme une consolidation dangereuse du pouvoir des médias. Le fait que Trump ait republié son message et ait ensuite formulé une demande concernant Rice l’a placé directement au cœur du débat sur la gouvernance d’entreprise.
L’avertissement du président selon lequel Netflix devrait « en payer les conséquences » s’il ne se conformait pas a soulevé des questions plus larges sur les limites entre l’autorité politique et l’entreprise privée.
Les experts juridiques soulignent que si les présidents peuvent influencer les organismes de réglementation par le biais de nominations et de priorités politiques, les décisions des conseils d’administration des entreprises restent généralement du ressort des actionnaires et des administrateurs plutôt que des élus.
Batailles politiques
Alors que les régulateurs continuent d’examiner le rachat de Warner Bros-HBO par Netflix, la controverse autour de Susan Rice souligne à quel point les tensions culturelles et politiques interfèrent de plus en plus avec la stratégie des entreprises.
Si elle est approuvée, cette fusion marquera l’une des plus importantes consolidations médiatiques de l’histoire récente et redessinera le paysage concurrentiel du cinéma, de la télévision et du streaming.
Dans le même temps, l’intervention publique de Donald Trump met en évidence à quel point les entreprises médiatiques sont devenues des acteurs centraux dans les luttes politiques nationales, d’autant plus qu’il a manifesté son soutien à l’offre concurrente de Paramount.
Les alliés de Donald Trump ont ouvertement encouragé les efforts visant à soustraire le contrôle de Warner Bros et HBO à Netflix, présentant la proposition rivale comme une alternative préférable tant sur le plan politique que réglementaire.
Il n’est pas certain que cette campagne de pression modifie les calculs du conseil d’administration de Netflix ou ne fasse qu’intensifier la rhétorique partisane, mais cette confrontation a déjà accru les enjeux d’un accord déjà lourd de conséquences.