L’électricité est sans doute ce qui se rapproche le plus de la magie (sans oublier le Wi-Fi, le Bluetooth et toutes ces autres technologies sans fil, tant qu’on y est). Je sais bien qu’il y a une explication scientifique tout à fait valable derrière tout ça, mais si on me dit qu’une force invisible traverse les murs pour faire fonctionner mes appareils, je continuerai quand même à trouver tout ça un peu louche. Nos ancêtres étaient tout aussi fascinés, sauf qu’ils ont poussé cette fascination bien plus loin. Dès qu’ils ont découvert que l’électricité pouvait provoquer des contractions musculaires, ils se sont mis à envoyer des décharges sur tout ce qui leur tombait sous la main, des membres paralysés aux cadavres, tout en se demandant ce que cette force mystérieuse pourrait bien soigner d’autre. Naturellement, quelques escrocs se sont joints à la fête. Voici 20 « remèdes » électriques insolites tirés de l’histoire de la médecine.
1. Le remède de la Rome antique consistait à utiliser un poisson électrique vivant
L’histoire de l’utilisation de l’électricité à des fins thérapeutiques remonte à bien avant que les humains ne comprennent ce qu’était l’électricité. Vers l’an 46 de notre ère, le médecin romain Scribonius Largus décrivait un traitement plutôt inhabituel contre les maux de tête et la goutte : placer un poisson-torpille vivant directement sur la partie du corps douloureuse ! Les organes spécialisés de ce poisson produisaient des décharges électriques capables d’engourdir temporairement le front ou un membre. Ce traitement, décrit dans l’ouvrage médical Compositiones, ne guérissait pas la maladie, mais pouvait en soulager les symptômes.
2. Franklin a administré des chocs électriques à des personnes paralysées et a dit la vérité à ce sujet
En 1748, le scientifique suisse Jean Jallabert décrivit de brefs mouvements saccadés dans les bras paralysés lorsqu’il leur administrait un choc électrique. Suite à l’apparition, dans les années 1740, des bocaux de Leyde – les premiers dispositifs permettant de stocker une charge électrique – et d’autres générateurs électrostatiques, des patients assis sur des tabourets aux pieds en verre subissaient un traitement appelé « franklinisation », du nom du scientifique américain Benjamin Franklin. Les muscles des personnes paralysées avaient des contractions, mais leur état ne s’améliorait pas réellement. Franklin, qui administrait des chocs similaires à des paralytiques à Philadelphie, fit état des mêmes résultats limités et prit soin de ne pas les exagérer.
3. Le lit de James Graham coûtait 50 £ par nuit et n'a rien soigné
En 1781, l’Écossais James Graham inaugura à Londres le « Temple d’Hymen ». Celui-ci abritait un « lit céleste » de 12 pieds de haut, reposant sur 40 piliers de verre et relié à des générateurs à friction destinés à provoquer des électrocutions. Graham présentait le lit céleste comme un remède contre l’infertilité et la perte de vitalité, et les couples devaient s’acquitter de 50 livres par nuit pour bénéficier de ce service. Graham n’a jamais obtenu son diplôme de médecine et a fini par faire faillite.
4. Le cadavre d'un pendu eut un sursaut, et Frankenstein vit le jour
En 1791, le chercheur italien Luigi Galvani émit l’hypothèse, en s’appuyant sur ses expériences menées sur des cuisses de grenouille, qu’il existait une « électricité animale » dans les tissus vivants. Cette théorie fut contestée par son collègue Alessandro Volta, qui soutenait que le courant résultait du contact entre deux métaux différents. En janvier 1803, à Londres, le neveu de Galvani, Giovanni Aldini, appliqua un courant électrique au cadavre du meurtrier exécuté George Forster, provoquant un tremblement de la mâchoire, l’ouverture des yeux et des mouvements de jambes. Il ne s’agissait que de contractions musculaires passives, mais ce spectacle inspira à Mary Shelley son roman Frankenstein.
5. Les « chaînes en sueur » de Pulvermacher ont bel et bien fonctionné… en quelque sorte
Contrairement à de nombreux prétendus remèdes électriques du XIXe siècle, les « chaînes hydroélectriques » de Pulvermacher produisaient bel et bien un effet électrique réel. Lorsqu’elles étaient imbibées de sueur ou de vinaigre, ces chaînes généraient un courant électrique — même si le fait de les porter ne présentait aucun bénéfice médical avéré. Même si les médecins protestaient contre l’utilisation de leurs noms pour promouvoir ces produits sans leur autorisation, l’entreprise médicale de Pulvermacher, basée à Londres et fondée en 1850, vendait suffisamment de ceintures électriques et de « sacs suspensifs galvaniques » destinés à renforcer la vigueur masculine pour engranger des millions.
6. La « Shock Box » à manivelle n'était pas un appareil d'électroconvulsivothérapie (ECT)
La « machine magnéto-électrique » était un appareil ménager du XIXe siècle qui délivrait de légers chocs électriques par l’intermédiaire d’une paire de poignées en laiton. On associe parfois ce genre d’appareils à des traitements psychiatriques, mais ils n’avaient aucun lien avec la thérapie électroconvulsive moderne. En 1854, les inventeurs Ari Davis et Walter Kidder ont breveté cet appareil. En tournant sa manivelle, on faisait tourner des bobines de fil devant un aimant en fer à cheval, ce qui générait ces légers chocs. Ces appareils étaient largement commercialisés comme des gadgets ménagers de faible puissance destinés à soulager les maux de tête, les névralgies et les maux de dents.
7. Duchenne a cartographié le visage humain à l'aide de courants réels
Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne, neurologue français et pionnier de l’électrothérapie, a rédigé en 1855 l’ouvrage intitulé De l’électrisation localisée. Dans cet ouvrage, il a stimulé individuellement les muscles faciaux à l’aide d’électrodes humides reliées à des bobines d’induction délivrant un courant faradique alternatif, a étudié les effets sur les expressions faciales afin de déterminer quels muscles produisaient certaines expressions, et a traité des paralysies nerveuses par stimulation électrique, jetant ainsi les bases de l’électrothérapie localisée moderne.
8. Des pinces dentaires électrifiées ont distrait les patients, sans pour autant les engourdir
En 1858, J.B. Francis inventa une pince d’extraction électrique, qui faisait passer le courant d’une batterie à travers la pince pendant l’extraction dentaire. Les partisans de ce dispositif affirmaient que le courant électrique bloquait les nerfs pendant l’extraction. Cependant, des essais ultérieurs ont montré que ce dispositif ne servait qu’à détourner l’attention ; bien qu’il délivrât un véritable courant électrique, il ne produisait qu’un effet placebo.
9. Les baignoires électriques sont devenues un élément incontournable des salons victoriens
Entre 1870 et 1920, plus de 150 entreprises américaines ont commercialisé des kits d’électrothérapie à base d’acajou destinés à un usage domestique, comprenant des piles chimiques, des électrodes en éponge et des bobines d’induction pour le traitement de maux courants. Les stations thermales haut de gamme proposaient également des traitements hydroélectriques, au cours desquels les patients souffrant de goutte ou de rhumatismes s’asseyaient dans des baignoires en porcelaine électrifiées, raccordées à des tableaux électriques à basse tension isolés par des transformateurs.
10. Le « Dr » Scott vendait des aimants, pas des médicaments
Un homme d’affaires du nom de George A. Scott a lancé une entreprise de vente par correspondance dans les années 1880. Il vendait toute une gamme d’articles, notamment les « brosses à cheveux électriques du Dr Scott » et, à partir de 1881, ses « corsets électriques ». Ceux-ci étaient présentés comme des remèdes contre la calvitie, les maux de dos et les maux de tête. Mais ces corsets, dont le prix variait entre 1 et 3 dollars, ne contenaient en réalité que des tiges d’acier magnétisées, sans décharges électriques, sans circuits électriques et sans piles. Scott n’avait apparemment pas non plus de diplôme de médecine ; il s’était attribué le titre de « Dr. »
11. Les semelles en cuivre et les perles de dentition ont surfé sur la vague de l'engouement pour l'électrique
À mesure que l’électricité s’est mise à être associée à la santé et à la guérison à la fin du XIXe siècle, les entreprises ont commencé à apposer le mot « électrique » sur toutes sortes de produits. Les publicités par correspondance vantaient les mérites des « semelles galvaniques », des feuilles perforées de zinc et de cuivre censées utiliser la transpiration des pieds pour produire un courant électrique suffisamment puissant pour soigner la goutte. Le courant qu’elles produisaient aurait toutefois été bien trop faible pour atteindre les articulations. Les « colliers de dentition électriques », portés par les nourrissons et composés de perles de zinc et d’argent, se vendaient entre 25 et 50 centimes dans les pharmacies. Il existait même des « amers électriques » et des « liniments galvaniques », bien que ceux-ci réchauffaient la peau grâce à la capsaïcine, à l’alcool ou à la térébenthine, sans aucune action électrique.
12. Cette couronne de phrénologie n'a pas été fabriquée par les Fowler
À la fin du XIXe siècle, les électrothérapeutes traitaient les maux de tête en appliquant des courants d’induction sur le cuir chevelu des patients. On utilisait souvent un casque en laiton muni d’électrodes réglables. Dans les musées, il est parfois présenté sur une « tête de phrénologie » dite d’Orson et Lorenzo Fowler. Cela a donné la fausse impression que ce casque avait en réalité été inventé par eux. En réalité, ce casque à 13 électrodes a été fabriqué en Italie : il porte le poinçon d’E. Balzarini de Milan.
13. Les ceintures « électriques » de Cornelius Harness ne conduisaient pas du tout l'électricité
En 1892, un client dont la hernie s’était aggravée alors qu’il portait les « ceintures électropathiques » de la Medical Battery Company a intenté un procès pour fraude. Au cours du procès, des experts ont confirmé que les disques de cuivre et de zinc des ceintures, isolés par le tissu auquel ils étaient fixés, ne produisaient aucun courant. La société, fondée à Londres en 1885 par Cornelius Harness, un vendeur de meubles, était en faillite.
14. L'Electropoise à 25 dollars n'était qu'un tube rempli de sable
Dans les années 1890, Hercules Sanche commercialisait un cylindre appelé « Electropoise » au prix de 25 dollars (près de 800 dollars actuels). L’idée était qu’en plongeant l’Electropoise dans de l’eau glacée, celui-ci produirait de l’« électricité thermique » qui ferait pénétrer de l’oxygène à travers la peau et aiderait à guérir les maladies. Cependant, lorsque le Journal of the American Medical Association (JAMA) en a ouvert un, les chercheurs ont découvert que l’appareil ne contenait rien d’autre que de la poudre de carbone et du sable. Il n’y avait pas d’électricité.
15. D'Arsonval a découvert le courant qui ne faisait pas mal
En 1891, le biophysicien français Jacques-Arsène d’Arsonval découvrit que des courants électriques à haute fréquence (courant alternatif d’une fréquence d’environ 10 000 cycles par seconde) pouvaient traverser les tissus humains sans provoquer de contractions musculaires douloureuses. Les médecins ont baptisé cette procédure électrothérapeutique « d’Arsonvalisation ». La découverte de d’Arsonval a jeté les bases de l’électrodiathermie moderne et a conduit au développement d’autres appareils à haute fréquence à usage commercial et clinique.
16. La bobine de Tesla s'est transformée en baguette magique pour la salle de bains, puis a été interdite
Le « Violet Ray » était une baguette en verre qui délivrait un courant électrique à haute fréquence et produisait une lueur violette caractéristique lorsqu’on l’appliquait sur le corps. L’inventeur serbo-américain Nikola Tesla fit la démonstration de sa technologie à haute fréquence lors de l’Exposition universelle de Chicago en 1893, et dès la fin des années 1890, le médecin Frederick Finch Strong et d’autres fabricants avaient adapté la technologie de la bobine de Tesla à ces baguettes en verre. Tesla lui-même ne les fabriquait ni ne les vendait. Dans les années 1920, les baguettes « Violet Ray » étaient présentées comme des traitements pour toutes sortes d’affections, de l’acné à la calvitie en passant par les problèmes de prostate. Ces allégations finirent par leur être reprochées : dans les années 1940 et 1950, la FDA confisqua ces appareils et en interdit la vente à des fins thérapeutiques.
17. La cabine de bain à quatre cellules dirigeait le courant vers un membre à la fois
Vers 1900, le médecin allemand Adolf Schnee fit breveter un bain hydroélectrique à quatre cellules, un appareil d’électrothérapie conçu pour faire passer un courant électrique dans chacun des bras et des jambes. Au lieu d’immerger tout le corps dans une cuve de traitement électrifiée, les médecins pouvaient désormais cibler chaque membre individuellement. Le patient était assis dans un fauteuil sec, chaque bras et chaque jambe étant plongés dans leur propre baignoire en porcelaine, le tout relié par des fils à une unité de commande.
18. La chaise amaigrissante a ensuite permis la rééducation de soldats victimes d'un traumatisme de guerre
Présenté pour la première fois en 1909, le fauteuil électrique d’« exercice passif » de Jean Bergonié était équipé d’électrodes métalliques qui envoyaient des impulsions sinusoïdales dans tout le corps afin de provoquer des contractions musculaires involontaires. Commercialisé comme méthode d’amincissement dans des spas de luxe, ce même fauteuil a été utilisé pendant la Première Guerre mondiale pour la rééducation des soldats victimes du choc de l’obus.
19. Les inhalateurs à l'ozone n'ont pas guéri l'asthme, ils ont endommagé les poumons
Des années 1890 aux années 1930, certaines cliniques utilisaient des « inhalateurs à ozone », des appareils qui généraient de l’ozone gazeux à l’aide d’arcs électriques à haute tension. Ces appareils étaient commercialisés comme des traitements de pointe pour des maladies respiratoires telles que l’asthme et la tuberculose (TB) ; les patients inhalaient en effet l’ozone produit par ces appareils. Cependant, des études toxicologiques ont montré que l’ozone n’apportait aucun soulagement à ces affections et qu’il irritait au contraire gravement les voies respiratoires. Les autorités de régulation ont finalement interdit la vente de ces inhalateurs.
20. Cerletti et Bini ont envoyé un courant électrique dans le cerveau humain
La thérapie électroconvulsive (TEC), qui utilise un courant électrique contrôlé pour déclencher une brève crise épileptique dans le cerveau, a été testée pour la première fois par les neuropsychiatres italiens Ugo Cerletti et Lucio Bini à Rome en avril 1938. La procédure faisait appel à un générateur de courant alternatif spécialement conçu pour la TEC, très différent des appareils à chocs actionnés à la main et autres gadgets électriques du siècle précédent. Au début, l’ECT, qui n’avait pas encore été perfectionnée, pouvait provoquer des fractures, mais cette thérapie s’est néanmoins révélée efficace contre la dépression sévère.
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