Le conflit commercial dans le secteur automobile opposant le président américain Donald Trump au Premier ministre canadien Mark Carney est revenu sur le devant de la scène lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains, après que les deux dirigeants ont semblé être surpris par un micro ouvert alors qu'ils discutaient de l'accord conclu entre le Canada et la Chine visant à autoriser l'entrée sur le marché canadien d'un nombre limité de véhicules électriques fabriqués en Chine. Cet échange fait suite à des mois de tensions liées aux droits de douane de 25 % imposés par Trump sur les véhicules assemblés au Canada, aux contre-mesures prises par le Canada et à la décision d'Ottawa de réduire les droits de douane sur les véhicules électriques chinois dans le cadre d'un accord commercial plus large avec Pékin. Cet accord autorise l'entrée au Canada de jusqu'à 49 000 véhicules électriques fabriqués en Chine par an à un taux de droits de douane réduit, une mesure que Mark Carney a défendue en la qualifiant de limitée, contrôlée et conforme aux obligations commerciales du Canada.
L'accord canado-chinois a marqué un revirement radical dans la position commerciale d'Ottawa après des années de relations tendues avec Pékin et une pression croissante de la part de Washington. En vertu de cet accord, le Canada a réduit son droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois à 6,1 % pour un quota initial de 49 000 véhicules, tandis que la Chine a accepté d'alléger les droits de douane sur les exportations agricoles canadiennes, notamment le colza. Ottawa a présenté cet accord comme un moyen de protéger les exportateurs canadiens, de rétablir l'accès au marché chinois et de diversifier les options commerciales à un moment où les États-Unis recourent de manière plus agressive aux droits de douane. Des détracteurs au Canada et aux États-Unis ont toutefois averti que cet accord pourrait exposer le secteur automobile nord-américain à une concurrence chinoise moins chère et compliquer les relations avec Washington.
« C'est bien, ça me plaît. »
– Donald Trump, président des États-Unis
Trump a d'abord semblé adopter une réaction mesurée après l'annonce de l'accord entre le Canada et la Chine, déclarant aux journalistes que Carney était en droit de signer des accords commerciaux servant les intérêts canadiens. « C'est ce qu'il devrait faire. C'est une bonne chose qu'il signe un accord commercial », a déclaré Trump. Mais son ton a rapidement changé du tout au tout. Dans des propos publiés ultérieurement sur Internet, Trump a qualifié l'accord de « désastre » et de « l'un des pires accords, tous domaines confondus, de l'histoire », accusant le Canada d'offrir aux constructeurs automobiles chinois une porte dérobée vers l'Amérique du Nord alors que les États-Unis s'efforçaient de les bloquer. Il a averti que le Canada pourrait se voir imposer des droits de douane américains de 100 % s'il devenait une faille permettant aux produits chinois bon marché d'entrer sur le marché américain.

La tension a refait surface en France lorsqu'un micro a capté ce qui semblait être un échange en toute franchise entre les deux dirigeants lors du sommet du G7. Carney s'est penché vers Trump et a semblé lui expliquer que l'accord sur les véhicules électriques chinois était strictement plafonné, utilisant un geste de la main pour souligner cette limite. Il a indiqué à Trump que les 49 000 véhicules représentaient «moins de 3 % de notre marché», présentant l'accord comme une exception restreinte plutôt que comme une ouverture totale aux constructeurs automobiles chinois. Carney a ensuite semblé dire à Trump :
« Je pensais que ça vous plairait en fait. »
Trump, qui écoutait attentivement, a réagi de manière plus positive que lors de ses précédentes attaques publiques, en déclarant : « C'est bien, ça me plaît. »

Ce moment capté par un micro ouvert a mis en évidence le contraste entre les menaces publiques de Trump et l'explication privée plus détaillée fournie par Carney. Le Canada a fait valoir que l'accord ne crée pas d'accord de libre-échange avec la Chine et ne viole pas l'Accord Canada-États-Unis-Mexique. Carney a précisé que cette mesure se limitait à un quota d'importation contrôlé et était liée à des concessions en faveur des exportateurs agricoles canadiens, plutôt qu'à un réorientation générale s'éloignant de l'Amérique du Nord. Trump, cependant, a averti à plusieurs reprises qu'il recourrait à des droits de douane pour empêcher les produits chinois d'atteindre le marché américain via des pays alliés. Sa stratégie commerciale globale repose sur des droits de douane punitifs, des avertissements publics et des pressions exercées sur ses partenaires pour qu'ils s'alignent davantage sur la politique de Washington vis-à-vis de la Chine.
« Je pensais bien que ça te plairait. »
– Mark Carney, Premier ministre canadien
Ce différend met en évidence la difficulté croissante de concilier l'intégration commerciale nord-américaine avec la stratégie économique nationale. Le secteur automobile canadien reste profondément lié aux États-Unis, mais Ottawa tente également de protéger ses exportateurs et d'élargir ses options alors que les politiques tarifaires de Trump créent une nouvelle incertitude.
Cet échange au G7 laisse entendre que Carney tente de rassurer Trump en lui indiquant que l'accord sur les véhicules électriques est suffisamment limité pour ne pas menacer les intérêts américains, tout en défendant le droit du Canada à prendre ses propres décisions commerciales. La question devrait rester sensible, alors que Washington surveille de près si les constructeurs chinois tentent d'utiliser le Canada comme point d'entrée en Amérique du Nord et que le Canada cherche à gérer les pressions exercées tant par Pékin que par la Maison Blanche.
