La maladie psychogène de masse, plus communément appelée « hystérie collective », désigne un phénomène dans lequel un groupe de personnes manifeste la même peur, le même comportement, voire les mêmes symptômes physiques, en l’absence de toute cause physique connue. La maladie psychogène de masse se transmet par voie sociale (et non biologique) et peut être provoquée par de nombreux facteurs, notamment le stress, la suggestion et la pression culturelle. Voici vingt exemples de maladies psychogènes de masse qui sont entrés dans l’histoire.
1. La peste dansante (1518)
À Strasbourg (qui faisait alors partie du Saint-Empire romain germanique), au milieu de l’année 1518, une femme est sortie dans la rue et s’est mise à danser, sans jamais s’arrêter. Très vite, d’autres personnes ont commencé à la rejoindre. En l’espace de quelques semaines, les journaux rapportaient que des centaines de personnes dansaient sans interruption. À force de danser, les gens s’effondraient d’épuisement, et certains en sont morts. Les autorités locales pensaient que tous ces mouvements pouvaient « guérir » la danse des fous ; elles ont donc encouragé et soutenu cette danse en envoyant des musiciens, ce qui aurait très bien pu déclencher une épidémie encore plus importante. Bien que la cause de cet étrange phénomène reste inconnue, de nombreux historiens penchent pour l’hypothèse d’un événement psychogène de masse, compte tenu des tensions sociales extrêmes de l’époque et des croyances religieuses profondément enracinées.
2. Les procès des sorcières de Salem (1692)
Dans le Massachusetts colonial, un phénomène étrange commença à toucher les jeunes filles de la ville. Elles se mirent à avoir des spasmes, se plaignirent de la présence d’entités surnaturelles invisibles et adoptèrent d’autres comportements étranges. À ce moment-là, le climat de paranoïa déjà très vif au sein de cette communauté puritaine donna lieu à des accusations effrénées de sorcellerie, visant en particulier les personnes socialement vulnérables et marginalisées. Cela aboutit à plus de 200 accusations et 20 exécutions, la plupart visant des femmes. Un tel comportement collectif, à la fois unifié et cohérent, ne peut souvent résulter que d’une suggestion psychologique.
3. L'épidémie de rire au Tanganyika (1962)
Un internat situé dans ce qui est aujourd’hui la Tanzanie, pays d’Afrique de l’Est, est devenu l’épicentre de ce que l’on appelle aujourd’hui la « grande épidémie de rire tanzanienne ». La première flambée est survenue lorsque plusieurs élèves ont commencé à rire de manière incontrôlable. Ce cas d’hystérie collective s’est propagé à d’autres écoles, puis aux villages voisins. L’épidémie a duré plusieurs mois et a entraîné la fermeture de plusieurs établissements scolaires. La cause de ce phénomène étrange n’a jamais été établie. Les chercheurs suggèrent que cette épidémie aurait été provoquée par le stress et la répression émotionnelle constante que les élèves de l’établissement étaient contraints de subir.
4. La panique radiophonique provoquée par « La Guerre des mondes » (1938)
En 1938, Orson Welles adapta le roman de science-fiction de H.G. Wells, La Guerre des mondes, qui raconte l’histoire d’une invasion martienne de la Terre, en une émission de radio. Cette adaptation, présentée sous la forme d’un journal télévisé, fit croire à certains auditeurs qu’ils assistaient en direct à l’invasion. Des avertissements avaient été diffusés, mais de nombreux auditeurs s’étaient branchés à différents moments de l’émission et la plupart de ces avertissements leur avaient échappé. Le lendemain matin, les journaux décrivaient des auditeurs fuyant leur domicile et saturant les lignes téléphoniques. Les historiens des médias ont depuis démontré que ces récits étaient largement exagérés. Les données d’audience suggèrent que seuls environ 2 % des auditeurs de radio écoutaient réellement l’émission, et les journaux, qui perdaient alors des recettes publicitaires au profit de la radio, avaient toutes les raisons de présenter ce nouveau média comme irresponsable.
5. L'épidémie de tiques au lycée de Le Roy (2011)
De nombreux élèves de Le Roy, dans l’État de New York, ont commencé à présenter des tics et des troubles du langage, certains manifestant également des mouvements involontaires. Ces nouveaux symptômes physiques et linguistiques se sont propagés à d’autres élèves, alimentant les craintes qu’un facteur environnemental ou toxique présent au sein de l’établissement scolaire en soit à l’origine. Après avoir évalué l’impact d’éventuels facteurs environnementaux ou toxiques, les résultats se sont révélés négatifs. L’épidémie a été diagnostiquée comme une maladie psychogène de masse, un diagnostic qui s’applique à des symptômes se propageant par contagion sociale plutôt que par infection. Parmi les facteurs en cause, les plus significatifs étaient sans doute la présence des médias, les conditions sociales et le stress subi par les écoliers, qui, dans ce cas précis, ont également contribué à aggraver considérablement l’état des élèves.
6. Les apparitions du « Pontianak » en Malaisie
En 2016, un phénomène d’hystérie collective, tel que décrit par les autorités et le personnel médical, a été observé dans plusieurs établissements d’enseignement secondaire du Kelantan, en Malaisie. Selon les informations disponibles, tant les enseignants que les élèves auraient été touchés. Un incident survenu au SMK Pengkalan Chepa 2 a fait l’objet d’une large couverture médiatique, des élèves ayant été vus en train de s’évanouir, de crier et de souffrir de graves crises de panique pendant les cours. Plusieurs élèves auraient vu des êtres surnaturels, sombres et fantomatiques, ainsi qu’un « Pontianak » (un esprit féminin issu du folklore local), avant de s’évanouir ou de perdre connaissance. De nombreux cas s’apparentaient à une épidémie de grande ampleur survenue dans un établissement scolaire, ce qui a entraîné la fermeture de l’établissement et une intervention d’urgence des autorités éducatives et sanitaires. Les enquêtes menées par la suite par les autorités malaisiennes ont tenté d’expliquer ces phénomènes et ont attribué ces incidents à de l’anxiété, au stress et à d’autres troubles psychologiques.
7. Les alertes liées aux usines de « gaz toxiques » aux États-Unis (années 1960)
À partir des années 1960, des témoignages ont fait état d’ouvriers américains souffrant d’évanouissements, de nausées, de vertiges et de maux de tête sévères ; on a alors soupçonné des fuites de gaz toxiques dans l’air ambiant. De nombreux symptômes ont été signalés, alors même qu’aucune fuite de gaz ni aucune exposition des employés à des produits chimiques toxiques n’a pu être constatée. Des enquêtes plus approfondies visant à expliquer par des fuites de gaz présumées le nombre croissant de travailleurs malades n’ont fourni aucune preuve. Le chaînon manquant de l’équation n’a été découvert que plus tard : le nombre croissant de travailleurs malades a commencé à croire que des symptômes de maladie se manifesteraient chez eux sous une forme ou une autre. Chose incroyable, l’absence de causes physiques a conduit aux manifestations les plus graves de la maladie, dues à l’anxiété liée au lieu de travail.
8. Les épidémies dans les écoles du Kosovo (années 1990)
Au cours des périodes de troubles politiques et ethniques au Kosovo, une région du sud-est de l’Europe située au cœur des Balkans, des cas de maladies collectives ont été signalés chez des élèves, notamment des nausées et même, dans plusieurs cas, des évanouissements, touchant des classes entières. Ces épisodes ont entraîné des perturbations massives dans les cours. Les études médicales et environnementales n’ont révélé aucune trace d’agents pathogènes. Les chercheurs officiels ont attribué ces événements à une maladie psychogène de masse, qui survient dans un environnement social instable, violent et imprévisible, caractérisé par un niveau d’anxiété élevé ; toutefois, les médecins et les familles d’origine albanaise ont contesté cette conclusion et ont soutenu que les élèves avaient été empoisonnés.
9. L'épidémie de « June Bug » (1962, États-Unis)
Au début des années 1960, des dizaines d’employés d’une usine textile américaine ont souffert de nausées, de vertiges, de fatigue et d’engourdissements. La crainte s’est répandue dans toute l’usine que la cause soit une toxine ou un insecte appelé « June bug ». Certains ont même affirmé avoir été piqués. Les analyses n’ont révélé aucun agent pathogène ni aucune toxine, et une fouille minutieuse n’a permis de trouver aucun insecte. Les enquêteurs ont conclu que la cause était probablement un cas de maladie psychosomatique collective. Ils ont fondé cette hypothèse sur la combinaison du stress lié aux longues heures de travail et de la propagation rapide de la maladie à mesure que la panique s’installait.
10. La panique du « Slasher » d'Halifax (1938)
En novembre 1938, une hystérie collective s’est emparée d’une ville anglaise lorsqu’un mystérieux « slasher » aurait commencé à traquer les habitants avant de disparaître comme par enchantement. Des personnes ont affirmé avoir réellement aperçu le « tueur » alors que l’hystérie commençait à se propager. Les témoignages se sont rapidement multipliés et ont failli provoquer un état de panique générale. Les enquêteurs n’ont trouvé aucune preuve corroborant les affirmations de la population, et bon nombre des prétendus témoins ont admis avoir inventé ou fortement exagéré leurs récits. Le tueur en série a été considéré comme le fruit de l’imagination collective et le résultat d’une paranoïa de masse.
11. La panique de l'homme-singe (2001)
En mai 2001, une légende urbaine légendaire, celle de l’« Homme-Singe », a semé la panique parmi les habitants de Delhi, en Inde. Cet « Homme-Singe » aurait attaqué des passants pendant la nuit. Selon les descriptions, il s’agissait d’une créature velue, ressemblant à un singe, dotée d’yeux rouges brillants et de griffes métalliques. Les témoignages se sont multipliés, et la police a été submergée par des milliers d’e-mails et d’appels téléphoniques. De nombreux habitants ont choisi soit de dormir dehors pour surveiller leur quartier, soit de rester simplement éveillés toute la nuit. Des blessés ont été à déplorer lors de bousculades, et de nombreux habitants, pris de panique, ont pris la fuite. Au moins deux personnes ont trouvé la mort en tombant des toits ou dans les cages d’escalier alors qu’elles s’enfuyaient. Les enquêteurs ont mené une enquête approfondie sur le « Monkey Man » et n’ont trouvé aucune trace de cette créature légendaire. La panique provoquée par le « Monkey Man » est aujourd’hui un exemple classique d’hystérie collective.
12. L'épidémie de piqûres sur les pare-brise à Seattle (1954)
En 1954, à Seattle, dans l’État de Washington, des habitants ont commencé à remarquer de petites fissures sur leurs pare-brise. Loin de se contenter d’être inquiets, ils ont d’abord cédé à la panique, pensant que ces fissures étaient dues à des retombées radioactives, à la pollution industrielle ou simplement à d’étranges particules en suspension dans l’air. La nouvelle s’est rapidement répandue, car de nombreuses personnes ont constaté le même problème sur leur voiture. Les écoles, les entreprises et les autorités ont reçu un nombre excessif de plaintes et de demandes visant à faire la lumière sur cette affaire. Les autorités n’ont trouvé aucune cause environnementale et on a pensé par la suite que ces fissures avaient toujours été là, mais qu’elles n’avaient été remarquées que lorsque les gens ont commencé à se plaindre.
13. Les épidémies de possession à Madagascar
Des symptômes de possession par des esprits ont été observés chez des écoliers et des adolescents à Madagascar depuis la fin du XXe siècle. Ces incidents commencent généralement par l’effondrement, les cris ou l’entrée en transe d’une ou de quelques personnes. Ces réactions provoquent le même phénomène chez leurs camarades, ce qui aggrave la situation. Certains de ces épisodes ont même entraîné la fermeture de l’école en raison de leur ampleur considérable. Les recherches n’ont pas permis d’identifier de maladie infectieuse à l’origine de ces symptômes. On pense que leur propagation rapide est due à la dynamique de groupe, aux croyances culturelles et au stress émotionnel.
14. L'épidémie d'évanouissements de Blackburn (1965)
En 1965, un cas de maladie signalé dans une école de Blackburn, en Angleterre, touchant principalement des adolescentes, a été décrit comme présentant des symptômes de vertiges, de nausées, d’évanouissements et de maux de tête. Tout a commencé lorsque quelques filles se sont évanouies pendant la journée scolaire, puis les autres ont commencé à présenter ces symptômes peu après. Cela a provoqué un véritable problème à l’échelle de l’établissement, et certains parents ont même commencé à retirer leurs enfants de l’école. Des enquêtes ont été menées pour tenter de cerner le problème, mais aucun élément ne permettait de démontrer que des toxines ou des infections en étaient la cause. Le phénomène a alors été qualifié de « maladie psychogène de masse ». Il s’agissait très probablement du résultat d’une combinaison de stress et d’un problème social lié à la surveillance étroite des activités scolaires chez les élèves.
15. Les épidémies de « possession » liées à l'esprit d'école au Bangladesh
Au cours des années 2000 et 2010, les médias bangladais ont rapporté des incidents décrivant une ambiance chaotique au sein d’une école. Des groupes de filles, que l’on croyait possédées par des esprits, se mettaient soudainement à crier, à pleurer et à entrer en transe. Ce chaos commençait généralement par l’effondrement d’une fille au sol, puis se propageait à l’ensemble de la classe. Il arrivait parfois que l’école doive fermer temporairement ses portes. Au sein de la communauté locale, on attribuait ces événements à des phénomènes surnaturels. Aucune substance toxique ni aucune maladie infectieuse n’a pu être identifiée comme étant à l’origine de ces symptômes. Les chercheurs estiment que ces incidents s’apparentent davantage à une maladie psychogène, dont les symptômes seraient en réalité dus au stress et à la suggestibilité au sein des classes.
16. La panique provoquée par le « miracle du soleil » de Fátima (1917)
En octobre 1917, à Fátima, des personnes ont affirmé avoir observé d’étranges phénomènes solaires à la suite d’une série de visions catholiques rapportées par les trois petits bergers. Lors du dernier de ces événements, de grandes foules se sont rassemblées pour assister au « miracle » (des apparitions). Elles ont déclaré avoir vu le soleil changer de couleur, tourner sur lui-même dans le ciel et même se diriger vers la Terre avant de revenir à la normale. Les événements politiques et sociaux de l’époque, associés aux sentiments forts de la population, ont contribué à ces visions partagées. Pour les sceptiques, cet événement constitue un excellent exemple de suggestion de masse et de perception collective, interprété à la lumière des croyances de la foule.
17. Les religieuses ursulines de Loudun (1632-1634, France)
Entre 1632 et 1634, plusieurs religieuses ursulines de Loudun, en France, ont affirmé être victimes d’épisodes de possession démoniaque qui se manifestaient par des convulsions et des états de transe survenant pendant leurs prières. Ces phénomènes, apparus pour la première fois dans le couvent de Mère Jeanne des Anges, ont conduit certaines religieuses à affirmer qu’elles avaient été tourmentées par des forces invisibles. Finalement, l’attention s’est portée sur un prêtre local accusé de sorcellerie, Urbain Grandier. Son procès est devenu un spectacle politique et religieux majeur, et il a finalement été exécuté par le bûcher. Les historiens modernes interprètent généralement ces événements comme un mélange de contagion psychologique, de ferveur religieuse et de manipulation politique.
18. L'affaire des intoxications scolaires chez Coca-Cola Belgique (1999)
Un incident sanitaire lié à Coca-Cola s’est produit en juin 1999, lorsque des informations faisant état de malaises liés à la consommation de produits Coca-Cola se sont largement répandues. Les personnes qui auraient été touchées se trouvaient dans des établissements scolaires belges, principalement des membres du personnel et des élèves. La prévalence de maux de tête, de nausées, de vertiges, ainsi que de douleurs abdominales et de diarrhées a contribué à l’hystérie collective. Les premières hypothèses avancées évoquaient l’hystérie et attribuaient la présence de gaz toxiques aux produits Coca-Cola. En réponse à ces craintes initiales, Coca-Cola a temporairement procédé au rappel d’une grande quantité de ses produits. Les analyses sanitaires n’ont révélé aucune trace de gaz toxiques ni de substances nocives dans aucun des produits Coca-Cola. Des chercheurs belges ont suggéré que ce phénomène pouvait être qualifié de maladie psychogène de masse, dans laquelle la propagation rapide des symptômes et de l’anxiété au sein d’un groupe scolaire a généré une réaction excessive face aux symptômes d’une maladie.
19. La panique du « Phantom Gasser » en Virginie (1933)
En 1933, plusieurs localités de Virginie ont été confrontées à des événements inquiétants qui, selon les témoignages, impliquaient un inconnu déversant du gaz nocif dans les habitations pendant la nuit. Les victimes, qui affirmaient avoir été agressées pendant la nuit, ont signalé des symptômes tels que des maux de gorge, des maux de tête, des vertiges et des nausées. En réaction, les habitants ont pris des mesures pour sécuriser leurs logements, et les autorités locales ont renforcé les patrouilles. Au plus fort de la panique et de la peur, la police et les autorités sanitaires n’ont trouvé aucun signe d’attaques au gaz, et aucun suspect n’a été identifié dans les agressions signalées. Compte tenu de l’absence de preuves, ces événements peuvent être qualifiés de cas d’hystérie collective, de délire collectif, les symptômes rapportés étant alimentés par l’anxiété et la peur, et propagés par des rumeurs.
20. Les épisodes collectifs d'évanouissement dans les écoles sri-lankaises (années 2010)
Au cours des années 2010, de nombreuses écoles à travers tout le Sri Lanka ont signalé des incidents au cours desquels un grand nombre d’élèves, principalement des adolescentes, s’évanouissaient, perdaient connaissance ou ressentaient des vertiges en classe. Dans quelques cas documentés, un grand nombre d’élèves ont présenté les mêmes symptômes le même jour. De nombreuses craintes ont été exprimées concernant une éventuelle exposition des élèves à des substances toxiques, une contamination alimentaire ou des menaces environnementales. Des enquêtes médicales ont été menées par les autorités sanitaires locales, qui ont conclu qu’aucune cause connue n’expliquait ces symptômes. Les chercheurs ont émis l’hypothèse que ces épisodes correspondaient à un cas de maladie psychogène de masse.