En 1835, un journal new-yorkais a commencé à publier une série d’articles affirmant que l’on avait découvert des formes de vie sur la Lune. Cette série a réussi à tromper un nombre immense de personnes. Nous avons toujours envie de croire que nous ne sommes pas seuls dans l’univers, qu’il existe sur d’autres planètes des créatures qui nous regardent et se demandent à quoi nous pouvons bien ressembler, mais nous n’avons toujours pas trouvé de preuve de leur existence… ou peut-être que si ?
1. L'essor du journal
En 1835, les journaux étaient en passe de devenir l’une des sources d’information les plus influentes au monde. Non seulement le taux d’alphabétisation augmentait, mais les journaux étaient également suffisamment bon marché pour se diffuser rapidement. Des millions de personnes avaient soif des histoires les plus sensationnelles, même si elles n’étaient pas vraies.
2. New York Sun
Le New York Sun a été fondé en 1833 ; il s’agissait d’un « journal à un penny », dont les bénéfices provenaient des ventes de masse dans la rue. Ce journal à sensation devait sa popularité à la publication d’histoires scandaleuses et farfelues.
3. Qui a inventé ce mensonge ?
Le journaliste d’investigation britannique Richard Adams Locke, rédacteur et éditeur au Sun, a imaginé un reportage qui permettrait à la fois de ridiculiser certaines théories populaires (mais non scientifiques) et de faire vendre des journaux. Thomas Dick, par exemple, était l’un de ces « scientifiques religieux » de l’époque qui avait popularisé l’idée selon laquelle chaque planète de notre système solaire regorgeait de vie. La série d’articles de Locke est une satire sur les « scientifiques religieux » de l’époque.
4. Une fausse découverte d'un vrai scientifique
Les fausses informations diffusées par Locke affirmaient que l’astronome John Herschel avait découvert la vie sur la Lune. Des paysages spectaculaires, des créatures mythiques et des humanoïdes ailés, intelligents et capables de communiquer (ou des hommes-chauves-souris, selon les cas) peupleraient sa surface. Le nom de Herschel conférait de la crédibilité à ces affirmations, car il s’agissait d’un astronome réputé et respecté. Selon ces articles, Herschel avait construit en Afrique du Sud un nouveau télescope doté d’un immense pouvoir de grossissement, capable de révéler les moindres détails de la surface de la Lune.
5. La source fictionnelle
Quant aux incroyables découvertes du Sun ? Celles-ci auraient été tirées d’un supplément de l’Edinburgh Journal of Science, qui était bel et bien une véritable publication. Celle-ci avait toutefois cessé de paraître plusieurs années avant la rédaction de ce canular.
6. Pourquoi les gens y ont cru
De nombreuses personnes se sont laissées berner par ce canular, rédigé dans un style scientifique formel, avec un jargon complexe, des chiffres inventés et de véritables références astronomiques destinées à masquer la vérité.
7. La propagation du canular
Le canular lunaire fit sensation. Des milliers de lecteurs, désireux d’en savoir plus sur cet étrange nouveau monde qui s’étendait au-dessus de leurs têtes, achetèrent des exemplaires du New York Sun. En effet, ce mensonge se répandit dans les journaux de toute l’Europe, où des réimpressions furent distribuées à un public avide d’informations. La réaction fut exactement celle que Richard Adams Locke avait prévue.
8. Les gens en redemandaient
L’article a été publié en six épisodes dans The Sun, chacun relatant une découverte encore plus incroyable que la précédente. Les lecteurs revenaient chaque jour pour découvrir les nouvelles révélations.
9. Ça n'a pas trompé tout le monde
Alors que certains scientifiques ont rapidement fait remarquer que la plupart des affirmations contenues dans l’article étaient impossibles, Herschel était contrarié que quelqu’un ait utilisé son nom pour diffuser une histoire mensongère. Herschel est même allé jusqu’à plaisanter en disant que ses véritables découvertes paraîtraient bien ternes comparées à ce canular.
10. L'enquête de Yale
La communauté scientifique était profondément intriguée. La légende populaire veut que des scientifiques de l’université de Yale se soient rendus sur place pour consulter de leurs propres yeux l’« Edinburgh Journal of Science », bien que les historiens modernes n’aient trouvé aucun document d’époque permettant de confirmer que cette visite ait effectivement eu lieu.
11. Edgar Allan Poe était contrarié
Alors que le célèbre écrivain Edgar Allan Poe vivait à Baltimore, ce canular l’a mis hors de lui. Il a affirmé que ce canular reprenait le scénario d’une nouvelle qu’il venait d’écrire, intitulée « L’aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall ». Tout comme le récit de Poe, cette nouvelle racontait un voyage sur la Lune.
12. L'une des premières histoires à avoir fait le buzz dans l'histoire
À une époque où ni la radio, ni la télévision, ni Internet n’existaient encore, la théorie du complot lunaire s’est répandue par le bouche-à-oreille et dans les journaux ; c’est l’un des premiers exemples d’une histoire devenue « virale ».
13. Grossissement de 42 000x
Ces articles affirment ensuite que le télescope de Herschel aurait un grossissement de 42 000 fois et permettrait aux astronomes d’observer sur la Lune des objets ne mesurant que dix-huit pouces de diamètre.
14. Les montagnes d'Amethyst
Ces articles décrivent un paysage lunaire à couper le souffle. D’énormes montagnes rouge foncé, entièrement composées de cristaux d’améthyste, scintillent sous la lumière éblouissante qu’elles reflètent.
15. Coquelicots rouges et forêts luxuriantes
La Lune n’est pas une étendue rocheuse et sans vie, mais bien un paradis luxuriant : de larges rivières et des forêts denses d’ifs, le sol recouvert de coquelicots rouges.
16. Les animaux mythiques
Les premiers animaux aperçus étaient, semble-t-il, des troupeaux de quadrupèdes bruns ressemblant au bison, mais bien plus petits que nos buffles, et dotés d’une étrange membrane charnue recouvrant leurs yeux. Il y avait également une créature très élégante, semblable à une chèvre, d’une teinte bleuâtre et dotée d’une seule corne pointant vers l’avant, correspondant exactement aux descriptions de la fabuleuse licorne.
17. La confession accidentelle
La supercherie de Locke a commencé à s’effriter lorsqu’il a admis en passant à un journaliste d’un journal concurrent, le Journal of Commerce, qu’il était l’auteur de ces articles. Malgré cela, lui et son rédacteur en chef ont continué à nier cette information dans la presse pendant des semaines, et Locke n’a reconnu publiquement la paternité de ces articles que l’année suivante.
18. La véritable confession
Le 16 septembre 1835, The Sun lui-même a enfin réagi à ces rumeurs, mais a refusé de présenter des excuses. Plutôt que d’admettre avoir tout inventé de toutes pièces, le journal a décrit cette série d’articles comme un simple divertissement inoffensif, voire une satire, et a laissé entendre qu’il ne s’était rendu coupable que d’avoir stimulé l’imagination du public.
19. Le contrecoup
Les membres de la communauté scientifique ont été embarrassés par ce canular et ont vivement dénoncé la supercherie du Sun. Les journaux concurrents ont vivement critiqué le Sun pour cette fraude et ont remis en question ses motivations, affirmant qu’il n’avait cherché qu’à tromper le public pour gagner de l’argent et que ses agissements avaient sapé la confiance et la crédibilité du journalisme.
20. De nos jours
Malgré la polémique, ce canular a fait du Sun un géant des médias, prouvant que les articles à sensation pouvaient encore stimuler les ventes. Le « Grand canular lunaire » est aujourd’hui considéré comme une avancée ingénieuse dans l’histoire des médias, à l’origine du journalisme spéculatif moderne et de la science-fiction.
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