Le taux directeur reste inchangé (pour l’instant)

Le taux directeur reste inchangé (pour l’instant)
Crédit: Getty Images

La Banque du Canada a annoncé que son taux directeur restait inchangé à 2,25 %, prolongeant ainsi une pause qui dure depuis plusieurs mois, alors que les responsables politiques continuent de jongler entre une économie en perte de vitesse et un regain de pressions inflationnistes. La Banque du Canada a désormais annoncé des taux de référence inchangés depuis cinq mois, mais cette nouvelle intervient alors que les Canadiens sont confrontés à des signaux économiques contradictoires. Alors que les économistes ont noté que le Canada pourrait se trouver en récession technique après deux trimestres consécutifs de contraction économique, la hausse des prix de l'énergie et l'inflation persistante ont affecté la capacité de la banque centrale à apporter un soulagement par le biais de taux d'intérêt plus bas. Le gouverneur Tiff Macklem a déclaré que la banque restait prête à réagir si les pressions inflationnistes s'ancraient davantage.

Le maintien des taux n'a pas surpris les économistes ni les marchés financiers. La plupart des analystes avaient prédit que la banque centrale maintiendrait ses taux inchangés après les avoir maintenus à 2,25 % tout au long de 2026. Depuis qu'elle a achevé une série de baisses de taux en 2024 et 2025, la Banque du Canada a largement adopté une approche attentiste, ne souhaitant s'engager sur rien. Les responsables ont fait valoir que les taux d'intérêt actuels se situent près d'un niveau neutre, ce qui signifie qu'ils ne stimulent ni ne restreignent de manière significative l'activité économique. L'annonce du 10 juin indique que les décideurs politiques estiment toujours que le taux actuel reste approprié malgré l'incertitude économique croissante.

L'économie est faible, mais pas clairement en récession

-Banque du Canada

L'économie canadienne en difficulté

Même si les taux hypothécaires restent stables, l'économie canadienne continue de peiner. Des données récentes ont montré que le pays est entré en « récession technique », un terme utilisé par les économistes pour décrire deux trimestres consécutifs de contraction économique. Les entreprises continuent de faire face à des difficultés en raison de l'incertitude sur les marchés mondiaux et de la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Les ménages restent également sous pression financière en raison de la situation économique générale au Canada et dans le monde. Bien que les données sur l'emploi se soient améliorées ces derniers mois et que le chômage ait baissé par rapport aux sommets précédents, la croissance économique reste faible. Alors que certaines de ces conditions justifieraient normalement des baisses de taux d'intérêt, les responsables de la banque centrale craignent qu'une réduction trop rapide des taux ne déclenche une nouvelle vague d'inflation et ne réduise à néant les progrès réalisés au cours des deux dernières années.

Macklem a reconnu le difficile exercice d'équilibre auquel sont confrontés les décideurs politiques, affirmant qu'il y a « peu d'éléments indiquant » que la hausse des prix de l'énergie se soit largement répercutée sur l'ensemble de l'économie. Les responsables estiment que la hausse des coûts de l'essence a principalement alimenté l'inflation par le biais de prix plus élevés du carburant plutôt que par des hausses généralisées des biens et services. Cette distinction reste cruciale pour les décideurs politiques. Si les coûts de l'énergie commencent à influencer plus largement les salaires, les frais de transport et les prix à la consommation, la banque pourrait subir des pressions pour relever à nouveau ses taux. Pour l'instant, cependant, les responsables estiment qu'ils ont le temps d'évaluer l'évolution de ces risques.

Les événements mondiaux ont une incidence sur les perspectives de la banque

Les événements mondiaux influencent certainement les décisions de la Banque du Canada quant à l'opportunité de relever ou non les taux d'intérêt. Les décideurs politiques soulignent sans cesse l'incertitude qui règne sur les marchés de l'énergie, la géopolitique mondiale et les relations commerciales avec les États-Unis. La révision prochaine de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique constitue une autre source de préoccupation pour la Banque du Canada et les économistes. De nouveaux droits de douane et restrictions commerciales pourraient affaiblir davantage l'économie canadienne, ce qui aurait des répercussions sur les taux d'intérêt pour les propriétaires canadiens. Parallèlement, de nouvelles hausses des prix du pétrole pourraient accentuer les pressions inflationnistes et rendre les baisses de taux encore plus difficiles à justifier. Ces risques contradictoires ont renforcé l'approche prudente de la banque.

Et maintenant ?

OTTAWA, CANADA – 26 OCTOBRE : Le bâtiment de la Banque du Canada le 26 octobre 2025 à Ottawa, en Ontario, au Canada. Le Sénat américain a adopté cette semaine une résolution visant à mettre fin aux droits de douane imposés par le président américain Donald Trump au Canada, après que ce dernier eut relevé ces droits à 35 %, bien qu'une grande partie des marchandises reste exemptée en vertu de l'Accord États-Unis-Mexique-Canada. Mark Carney, premier ministre du Canada, a déclaré avoir présenté ses excuses au président Trump pour une publicité télévisée anti-droits de douane diffusée par la province de l'Ontario, qui a conduit à l'interruption brutale des négociations sur les droits de douane américains sur l'acier, l'aluminium et d'autres produits en provenance du Canada. (Photo par Al Drago/Getty Images)

Les économistes canadiens sont divisés quant à la suite des événements. Alors que certains analystes estiment que la Banque du Canada pourrait encore baisser ses taux si l'économie canadienne continue de s'affaiblir, d'autres ne partagent pas cet avis. Certains font valoir que les risques d'inflation restent importants et que la banque centrale sera finalement contrainte de relever ses taux directeurs. Nathan Janzen, économiste en chef adjoint chez RBC, s'attend à ce que les décideurs politiques restent patients, comme il l'a déclaré à Global News. La plupart des grandes institutions financières s'attendent actuellement à ce que les taux restent inchangés jusqu'à la fin de l'année 2026.

« Vous constaterez une amélioration progressive de la situation économique par habitant cette année »,

-Nathan Janzen

Pour les propriétaires, les entreprises et les consommateurs canadiens, la stagnation des taux d'intérêt signifie que les coûts d'emprunt resteront inchangés pour l'instant. Les prêts hypothécaires à taux variable, les marges de crédit et les autres produits de crédit étroitement liés au taux directeur de la Banque du Canada ne connaîtront pas de changements immédiats. Cela dit, l'incertitude quant à l'avenir reste élevée. La banque centrale a clairement indiqué qu'elle restait prête à modifier les taux dans un sens ou dans l'autre en fonction de l'évolution de l'inflation, de la croissance économique et des événements mondiaux. Pour l'instant, les décideurs politiques semblent se contenter de rester en retrait, observant de près l'économie canadienne qui navigue dans un environnement de plus en plus incertain.