Le chef du Parti conservateur, Pierre Poilievre, s'apprête à adresser un message crucial aux Albertains cette semaine. Ce message mettra en avant l'unité canadienne, et Poilievre espère ainsi freiner la montée du mouvement séparatiste en Alberta. Il existe un chevauchement intéressant entre les Albertains qui soutiennent les séparatistes et les Albertains conservateurs. Plus de 80 % des Albertains favorables à la séparation votent conservateur ; ainsi, M. Poilievre, en tant que chef du Parti conservateur du Canada, pourrait avoir plus d'influence que d'autres politiciens canadiens. Lors de son discours à Calgary, Pierre Poilievre devrait faire valoir que la responsabilité incombe au gouvernement fédéral et que, plutôt que de fuir le Canada, les Albertains devraient se concentrer sur le vote en faveur du changement.
Les séparatistes albertains ont cité la fiscalité, le développement énergétique et l'autonomie provinciale comme les principales raisons de leur désir de quitter le Canada. Poilievre fera valoir que toutes ces questions peuvent être résolues par le biais du vote, plutôt que par un référendum. Ce discours intervient alors que l'Alberta se prépare à un référendum en octobre qui demandera aux habitants si la province doit ou non rester au sein du Canada. Si l'Alberta vote en faveur de la séparation, cela marquera le début d'un long processus juridique qui aboutirait à un vote pour la séparation.
Nous n'avons pas besoin d'un autre pays, Alberta. Nous avons besoin de politiques gouvernementales différentes à Ottawa.
Pierre Poilievre
Contenu du discours
Pierre Poilievre a publié des extraits de son prochain discours, les partageant avec la Presse canadienne tôt le 8 juin. Dans les extraits publiés, Poilievre met l'accent sur les défaillances perçues du gouvernement canadien. Poilievre précise que les Albertains n'ont pas de problème avec le Canada ; ils ont un problème avec Mark Carney. Poilievre tentera de rallier davantage de soutien pour ses conservateurs fédéraux en s'appuyant sur la fierté nationale des Albertains. Poilievre mettra en avant son engagement en faveur de la construction de pipelines, du financement du secteur pétrolier et gazier, et de la réduction des impôts dans la province. Il devrait également plaider en faveur d'une plus grande autonomie provinciale pour l'Alberta.
L'Alberta veut l'autonomie
L'un des principaux points de discorde pour les séparatistes albertains est l'autonomie provinciale de l'Alberta. Au Canada, les provinces s'entraident par le biais de la redistribution des richesses. Alors que l'Alberta a toujours été l'une des provinces les plus prospères, une grande partie de sa richesse est redistribuée aux autres provinces afin de garantir que celles-ci puissent financer leurs services sociaux. L'idée albertaine du « nous contre eux » n'est pas nouvelle, et elle a constitué le principal argument en faveur de la séparation tout au long de l'histoire du mouvement. L'Alberta estime qu'elle ne devrait pas avoir à « renflouer » les autres provinces, mais qu'elle devrait au contraire conserver pour elle-même l'intégralité de ses bénéfices (notamment ceux du secteur énergétique). Des arguments similaires sont avancés par les conservateurs à travers le Canada lorsqu'il s'agit des services sociaux et des soins de santé. Certains Canadiens ne pensent pas que l'argent de leurs impôts devrait servir à aider les autres ; la mentalité séparatiste est la même, mais à plus grande échelle.
S'allier aux autres provinces est la voie pratique et réaliste vers une Alberta plus forte au sein d'un Canada uni.
-Pierre Poilievre
Voter pour un référendum
Le référendum est devenu possible après l'adoption par l'Assemblée législative de l'Alberta, en mai, du projet de loi 54, la Loi modifiant les lois électorales. Cette législation a considérablement abaissé le seuil requis pour les pétitions de référendum d'initiative citoyenne, réduisant le nombre de signatures nécessaires de 20 % à 10 % des électeurs admissibles. Elle a également prolongé le délai disponible pour recueillir ces signatures de 90 à 120 jours. Ces changements ont été défendus par le gouvernement de la première ministre Danielle Smith comme un moyen de renforcer la démocratie directe, mais ils ont également permis aux organisations séparatistes d'imposer beaucoup plus facilement un vote provincial sur l'indépendance. Quelques jours après l'adoption du projet de loi, des groupes séparatistes ont commencé à organiser des campagnes visant à obtenir une question référendaire sur l'avenir de l'Alberta au sein du Canada.
Le mouvement séparatiste lui-même a toutefois connu des revers malgré sa visibilité politique accrue. Une récente décision d'un tribunal de l'Alberta a temporairement suspendu une pétition référendaire après avoir constaté que les exigences en matière de consultation des Autochtones n'avaient pas été correctement respectées. Les dirigeants des Premières Nations ont fait valoir que l'Alberta ne peut se séparer du Canada sans tenir compte des obligations découlant des traités qui sont antérieures à la province elle-même. Les experts juridiques estiment généralement que toute voie menant à l'indépendance se heurterait à d'énormes obstacles constitutionnels, même si les Albertains finissaient par voter en faveur de cette option.
Poilievre transforme la séparation en soutien

Le discours de Pierre Poilievre pourrait marquer un tournant dans la politique albertaine. En s'adressant aux séparatistes tout en étant opposé à la séparation, Poilievre a une réelle opportunité d'unifier la province. Le problème réside dans la manière d'y parvenir. Poilievre devra faire de Mark Carney et de son Parti libéral l'ennemi commun, en persuadant les Albertains de voter pour lui et contre Carney afin d'atteindre leurs objectifs. Poilievre proposera certaines des conditions dont les séparatistes ont besoin, mais il lui sera difficile d'atteindre réellement ces objectifs s'il accède au pouvoir. Pour répondre aux attentes des séparatistes, Poilievre devra mettre en œuvre des changements législatifs fédéraux de grande envergure, ce à quoi tous les premiers ministres se heurtent. Sans gouvernement majoritaire, il serait particulièrement difficile pour Poilievre de tenir les promesses qu'il fera dans son discours.