Éditorial: Jamil Jivani ne peut s’empêcher de se mettre le pied dans la bouche

Éditorial: Jamil Jivani ne peut s’empêcher de se mettre le pied dans la bouche
Crédit: Getty Images

OPINION

Jamil Jivani est peut-être en train de donner une véritable leçon magistrale sur la manière de se rendre inéligible au Canada en ce moment, et il vient de tripler sa rhétorique pro-américaine et anti-canadienne lors d'une visite à Washington. Après avoir essentiellement traité les Canadiens de pathétiques et déversé un torrent de sentiments pro-américains, Jamil Jivani a décidé de se rendre aux États-Unis, au grand dam de son intrépide chef, Pierre Poilievre. Poilievre l'a clairement indiqué dans sa déclaration après le retour de Jivani au Canada. Poilievre a déclaré que Jivani ne s'exprimait qu'en son nom propre et que seul Pierre Poilievre s'exprimait au nom du Parti conservateur du Canada.

Jivani s'agenouille

Au cas où vous l'auriez manqué, le député conservateur Jamil Jivani a encouragé les Canadiens à s'incliner devant les menaces fascistes d'annexion de Donald Trump. Tout d'abord, Jivani a accordé une interview au média américain d'extrême droite Breitbart, ce qu'il n'avait certainement pas besoin de faire. Dans cette interview, Jivani a déclaré que les Canadiens devaient cesser de s'emporter à propos des droits de douane américains. Il a affirmé que les Canadiens « se tiraient une balle dans le pied » avec leur réaction anti-américaine. Qualifier la réponse du Canada aux droits de douane préjudiciables de Donald Trump d'insultante est déjà assez grave, mais quand on sait que Jivani est un ami de longue date du vice-président américain J.D. Vance, cela passe d'insultant à consternant.

Après que plusieurs politiciens conservateurs aient critiqué Jivani pour sa déclaration, Jamill a décidé de redoubler d'efforts dans son comportement pro-américain et s'est rendu à Washington D.C. pour rencontrer son ami J.D., le représentant américain au commerce Jamieson Greer, le secrétaire d'État Marco Rubio et le constructeur automobile General Motors. Plus de 1 000 travailleurs canadiens de l'automobile avaient été licenciés la semaine précédente dans une usine General Motors située dans la circonscription de Jivani, à Oshawa, en Ontario. Jivani affirme avoir fait ce voyage pour aider le premier ministre Mark Carney à négocier un accord commercial avec les États-Unis, mais cette affirmation est absurde. Carney a souligné à juste titre que Jivani n'est ni le porte-parole du Parti conservateur en matière de commerce, ni le ministre du Commerce international du gouvernement canadien. Aucune délégation commerciale étrangère ne manquerait d'inclure le ministre canadien du Commerce international, Maninder Sidhu, ce qui fait de la visite de Jivani, au mieux, un voyage touristique.

Poilievre frappe

Le chef conservateur Pierre Poilievre a clairement exprimé son mécontentement à l'égard de Jivani. Poilievre a déclaré aux médias que Jivani ne parlait pas au nom du parti, neutralisant ainsi le pouvoir verbal de Jivani au sein du caucus. Ce n'est jamais bon signe lorsque votre patron déclare au monde entier que vos paroles n'ont aucun poids. Poilievre a également donné raison aux Canadiens dans sa déclaration. Le chef de l'opposition a affirmé que les Canadiens ont tout à fait le droit de se sentir blessés et en colère face aux propos tenus par le président à leur sujet, et que les droits de douane imposés par Donald Trump sont totalement injustifiés. Pierre Poilievre s'est efforcé de se distancier de la politique à la Trump qui l'a rendu célèbre. Après avoir lutté avec succès pendant des années contre le « virus woke », la politique de Poilievre s'est effondrée avec le virage de Donald Trump vers ce qui ressemble parfois au fascisme.

Quelle est la prochaine étape pour Jivani ?

En abandonnant le Canada dans un moment difficile, Jamil Jivani s'est en fait exclu de son propre parti. Ce qui est déroutant, c'est la raison de son geste. Après avoir dominé les élections anticipées à Durham à la suite de la démission d'Erin O'Toole en 2024, Jivani a obtenu des résultats inférieurs aux attentes lors de sa première véritable élection en 2025. Après l'élargissement de la circonscription de Durham à Bowmanville-Oshawa pour les élections fédérales de 2025, Jivani a battu son adversaire de justesse, alors que les sondages lui prédisaient une victoire écrasante. Depuis son élection, les électeurs de Jivani critiquent ses actions, et après ses récentes déclarations anti-canadiennes, il risque de perdre encore plus de soutien. Certains électeurs considèrent sa relation avec J.D. Vance comme un moyen de pression, d'autres y voient la preuve de sa volonté de s'agenouiller devant les États-Unis.

La décision de Jivani de se positionner comme une voix indépendante dans la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis est un pari risqué, mais s'il le fait pour les bonnes raisons, cela pourrait porter ses fruits. Il est possible que Jamil Jivani puisse utiliser sa relation avec Vance et les dirigeants américains au profit du Canada. La circonscription de Jivani, Bowmanville-Oshawa, a été touchée de manière disproportionnée par les droits de douane imposés par Donald Trump, et il n'est pas exagéré de dire que Jivani devrait faire des heures supplémentaires pour lutter contre ces droits. Cela dit, choisir de rabaisser les Canadiens et de flatter les États-Unis est une stratégie qui aura des conséquences au niveau national. Certains électeurs se sentiront trahis par le rapprochement de Jivani avec les États-Unis, et à moins que le député ne parvienne à obtenir des résultats concrets dans cette situation confuse, Jivani va tout perdre à la Chambre.

Il ne fait aucun doute que Jamil Jivani sera une figure centrale dans la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis. Ce qui n'est pas clair, c'est comment il va concilier ses efforts indépendants avec le message fédéral de Carney. Après le discours de Carney sur l'unité à Davos, salué internationalement, et la défection d'une série de députés conservateurs vers le camp libéral, le message adressé à Jivani est clair : suivez le programme ou partez.