Depuis que les forces armées américaines ont frappé la capitale vénézuélienne et capturé le président Nicolás Maduro samedi dernier, Donald Trump a multiplié ses déclarations concernant ses ambitions d’expansion territoriale, en particulier son désir de prendre le contrôle du Groenland. Or, pourquoi ce territoire recouvert à 80% de glace, abritant seulement 56 000 habitants, attire-t-il autant le président américain? Situé entre l’Atlantique Nord et l’océan Arctique, ce territoire autonome appartient au Danemark. Cette immense île s’étendant sur 2,16 millions de km², soit près de quatre fois la superficie de la France, fascine pour trois raisons majeures: son importance géostratégique, ses ressources minières ainsi que ses éventuelles routes maritimes, qui se dessinent à mesure de la fonte de la calotte glaciaire.
Un territoire crucial pour la défense
Le Groenland se situe dans le cercle arctique, dont les États-Unis, la Chine et la Russie se disputent le contrôle. «Le Groenland est couvert de navires russes et chinois un peu partout», a déclaré Trump dimanche à bord de son avion présidentiel. «Nous avons besoin du Groenland pour notre sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de le garantir.» Le Groenland se situe entre les États-Unis et l’Europe, au niveau du fossé GIUK, un passage maritime entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni, qui relie l’Arctique à l’Atlantique. Cette position l’a rendu crucial pour la défense de l’Amérique du Nord depuis la Seconde Guerre mondiale, lorsque les États-Unis ont occupé l’île pour s’assurer qu’elle ne tombe pas entre les mains de l’Allemagne nazie et pour protéger les voies maritimes cruciales de l’Atlantique Nord. Après la guerre froide, l’Arctique était principalement une zone de coopération internationale. Or, le changement climatique amincit la glace arctique, ce qui promet de créer un passage nord-ouest pour le commerce international et d’accentuer la concurrence entre les grandes puissances pour l’accès aux ressources minérales de la région.
Des combustibles fossiles et minerais critiques
Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis, le large du Groenland pourrait contenir près de 17,5 milliards de barils de pétrole et 148 trillions de pieds cubes de gaz naturel, bien que l’éloignement de l’île et les conditions météorologiques difficiles aient limité l’exploration. Cela représente des ressources pétrolières fortement attrayantes pour l’administration américaine, qui a fait de la sécurité énergétique une priorité absolue. Le gouvernement américain estime également que 44 des 50 matériaux les plus critiques pour l’économie du pays seraient présents en grand nombre et commercialement exploitables au Groenland, rapporte à Franceinfo le géopolitologue spécialiste du Groenland Mikaa Bluegon-Mered. La richesse du Groenland en terres rares (des minerais essentiels à l’économie mondiale pour les fabrications technologiques) renforce donc son importance stratégique, alors que la Chine utilise sa domination dans ce secteur depuis des années pour faire pression sur les États-Unis. Or, l’exploitation de ces minerais s’annonce complexe en raison du relief montagneux, du manque d’infrastructures et des réglementations environnementales du territoire, explique CNN.
Les réactions du Danemark et du Groenland
Mardi, la Maison-Blanche a annoncé qu’elle «examinait différentes options» pour acquérir le Groenland et que le recours à l’armée américaine n’était pas exclu. Le secrétaire d’État Marco Rubio a toutefois nuancé ces propos, indiquant devant des parlementaires que la Maison-Blanche envisageait plutôt l’achat du Groenland, ont rapporté à CNN deux sources proches du dossier. En réaction aux déclarations de l’administration Trump, la première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rappelé lundi qu’elle avait déjà «clairement indiqué la position du Royaume du Danemark», avertissant du même coup que cette situation pourrait conduire à l’effondrement de l’OTAN (alliance entre des pays d’Europe et d’Amérique du Nord). «Le Groenland a répété à plusieurs reprises qu’il ne souhaitait pas faire partie des États-Unis», a-t-elle ajouté. «Ça suffit maintenant. Plus de pression, plus d’insinuations, plus de fantasme d’annexion», a martelé Jens Frederik Nielsen, le premier ministre du Groenland.
Un pilier de la sécurité transatlantique
Le ministère américain de la Défense exploite la base spatiale isolée de Pituffik, dans le nord-ouest du Groenland, qui a été construite après la signature du traité de défense du Groenland entre les États-Unis et le Danemark en 1951. Elle soutient les opérations d’alerte antimissile, de défense antimissile et de surveillance spatiale pour les États-Unis et l’OTAN. Le Groenland protège également une partie de ce que l’on appelle le fossé «GIUK» (Greenland, Iceland, United Kingdom), où l’OTAN surveille les mouvements navals russes dans l’Atlantique Nord. L’île danoise est dans la mire de Trump depuis 2019, lors de son premier mandat. À l’époque, il avait dit qu’il souhaitait «acheter» le territoire, mais les gouvernements groenlandais et danois avaient refusé son offre, affirmant que l’île n’était pas à vendre.