Alors que les tensions nucléaires mondiales refont surface et que les hypothèses de sécurité établies de longue date sont de plus en plus remises en question, le Canada est confronté à un nouveau débat sur sa posture de défense.
Les commentaires d’un ancien haut commandant militaire suggérant qu’Ottawa ne devrait pas exclure totalement les armes nucléaires ont suscité un débat à un moment marqué par les menaces nucléaires russes, l’incertitude au sein de l’OTAN et l’évolution de la politique étrangère américaine sous la présidence de Donald Trump. Le gouvernement fédéral a réagi en rejetant fermement toute initiative en faveur de l’armement nucléaire, mettant plutôt l’accent sur les engagements pris dans le cadre des traités internationaux et l’accélération des investissements dans les forces conventionnelles. Cet épisode met en évidence la manière dont l’instabilité mondiale remodèle les débats sur la défense, même dans les pays qui se sont engagés depuis longtemps en faveur de la non-prolifération.
Un général à la retraite
Le Canada s’est empressé de mettre fin aux nouvelles spéculations sur la question de savoir si le pays devrait envisager d’acquérir des armes nucléaires, après que les commentaires du général à la retraite Wayne Eyre aient relancé le débat sur la position non nucléaire de longue date d’Ottawa.
La discussion a émergé dans un contexte d’instabilité mondiale croissante, de nouvelles menaces nucléaires de la part de la Russie et d’incertitude grandissante au sein de l’OTAN à la suite des déclarations du président américain Donald Trump à l’égard des alliés et du Groenland.
Alors que Eyre suggérait que le Canada ne devrait pas exclure totalement cette option à long terme, le gouvernement fédéral a répondu en réaffirmant fermement son engagement en faveur de la non-prolifération et du renforcement des capacités militaires conventionnelles du pays.
Aucune intention
Le ministre de la Défense, David McGuinty, a rejeté cette idée sans ambages, soulignant que le Canada n’avait aucune intention de se doter d’armes nucléaires et restait lié par les traités internationaux. S’adressant aux journalistes avant une réunion du cabinet, McGuinty a déclaré :
« Le Canada est signataire de traités internationaux qui nous en empêchent, tout d’abord, et le Canada est depuis longtemps un État non proliférateur nucléaire. »
Il a ajouté que les priorités d’Ottawa se situaient ailleurs :
« Nous allons continuer à construire des armes conventionnelles. Nous allons continuer à nous réarmer. Nous allons continuer à réinvestir. Nous allons continuer à reconstruire nos Forces armées canadiennes et c’est ce que nous faisons. »
Une indépendance stratégique totale
Les remarques de Eyre, prononcées lors d’une discussion à huis clos à Ottawa sur la souveraineté et l’autonomie militaire du Canada, reflètent le malaise croissant des experts en matière de défense quant à la dépendance vis-à-vis des garanties de sécurité américaines.
Selon certaines informations, l’ancien chef d’état-major de la défense aurait fait valoir que le Canada ne pourrait jamais atteindre une indépendance stratégique totale sans dissuasion nucléaire, tout en reconnaissant qu’une telle mesure ne devait pas être envisagée pour l’instant. Les dirigeants politiques se sont empressés de prendre leurs distances par rapport à ce point de vue.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a publiquement soutenu le rejet rapide de cette idée par le gouvernement, signalant ainsi un large consensus politique contre toute voie nucléaire.
Ce n'est pas la solution
Les experts en politique nucléaire et en sécurité internationale ont également mis en garde contre la réouverture de cette question. John Erath, directeur principal des politiques au Center for Arms Control and Non-Proliferation, a averti que les armes nucléaires ne feraient qu’exacerber les risques mondiaux.
« Les armes nucléaires ne sont pas la solution pour faire face à l’incertitude et au danger croissants dans le monde », a-t-il déclaré.
Alexander Lanoszka, de l’université de Waterloo, a fait valoir que la question n’était pas celle de la faisabilité technique, mais celle de la logique stratégique et du coût, soulignant que le Canada avait « très, très peu de raisons » de s’engager dans une voie aussi coûteuse et préjudiciable sur le plan diplomatique.
Le Traité de non-prolifération nucléaire
La position du Canada est étroitement liée à son rôle de signataire du Traité de non-prolifération nucléaire, qui interdit aux États non nucléaires d’acquérir de telles armes.
Ottawa soutient le traité depuis son entrée en vigueur en 1970 et continue de le présenter comme la pierre angulaire de la stabilité mondiale, alors même que les grandes puissances modernisent leurs arsenaux et que des accords clés de contrôle des armements, tels que le nouveau START, arrivent à expiration.
Alors que les craintes nucléaires s’intensifient à l’échelle mondiale, les responsables canadiens affirment que l’abandon de la non-prolifération compromettrait les alliances et isolerait le pays sur le plan diplomatique.
Sans dissuasion nucléaire
Au lieu de cela, le gouvernement met à nouveau l’accent sur la reconstruction des Forces armées canadiennes par des moyens conventionnels, en accordant une attention particulière à la sécurité de l’Arctique, aux patrouilles de souveraineté et à la capacité opérationnelle indépendante.
McGuinty a fait valoir que ces investissements permettront au Canada d’agir de manière indépendante lorsque cela sera nécessaire, sans recourir à la dissuasion nucléaire.
Alors que les tensions géopolitiques s’intensifient et que les alliances évoluent, Ottawa semble déterminé à réagir en renforçant ses capacités militaires traditionnelles, en consolidant ses engagements en vertu des traités et en évitant tout changement susceptible de modifier fondamentalement l’identité du Canada en matière de défense sur la scène internationale.