L’origine des chats enfin découverte?

L’origine des chats enfin découverte?
Crédit: Pexels @ Wojciech Kumpiciki - Pixabay @ alain aubry

Les chats domestiques, aujourd'hui omniprésents dans les foyers et la culture populaire, ont longtemps été difficile à retracer génétiquement en raison du manque d'indices archéologiques clairement interprétables. Pendant des années, la théorie dominante avançait que la domestication des chats avait commencé il y a environ 9 500 ans au Levant, au début du Néolithique, quand les humains ont commencé à cultiver et stocker des céréales. Ces réserves attiraient les rongeurs, et les chats sauvages auraient naturellement suivi, donnant naissance à une coexistence qui aurait progressivement mené à la domestication. Cependant, une nouvelle série d'études basées sur l'analyse d'ADN ancien vient bouleverser ce récit. Ces recherches, menées par une équipe internationale et publiées dans Science et Cell Genomics, démontrent que la situation est plus complexe et que les chats domestiques présents dans les premières sociétés agricoles n'étaient probablement pas les ancêtres génétiques des chats que nous connaissons aujourd'hui.

La première étude de M. De Martino et al. publié dans Science a examiné 87 génomes de chats anciens et modernes dans les régions de l'Afrique de Nord et de l'Europe. Elle montre que le véritable chat domestique (Felis catus) ne provient pas du Levant mais d'Afrique du Nord, où vivait son proche parent, le chat sauvage africain (Felis lybica lybica). Ce groupe aurait formé la base génétique du chat domestique moderne et se serait diffusé en Europe durant l'expansion de l'Empire romain, il y a environ 2 000 ans. Cela signifie que les chats vivant aux côtés des humains avant cette période n'appartenaient pas à cette lignée domestique, même si leur apparence pouvait être très proche.

La deuxième étude de Yu Han et al. publié dans Cell Genetics développe un point encore plus surprenant : avant l'arrivée du chat domestique moderne, un autre félin vivait déjà depuis des millénaires auprès des communautés humaines dans les régions proches de la Chine. Il s'agit du chat léopard (Prionailurus bengalensis), une espèce sauvage asiatique qui ne s'hybride pas naturellement avec les chats du genre Felis. Des analyses ADN réalisées sur 22 ossements vieux de 5 000 ans ont révélé que ce félin cohabitait avec les humains entre 5 400 ans avant notre ère et environ 150 après J.-C. Cette cohabitation était cependant de type « commensal » : le chat léopard profitait des rongeurs attirés par l'activité humaine, tandis que les hommes bénéficiaient indirectement de sa présence. Il n'était pas domestiqué au sens strict, car il n'y a aucune preuve de sélection, de contrôle humain ou d'évolution comportementale comparable à celle du chat domestique. Les restes archéologiques montrent que ces félins vivaient dans ou près des installations humaines, mais sans développement d'une relation stable comme celle observée plus tard avec Felis catus.

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi le chat léopard n'a jamais été domestiqué, malgré plus de 3 500 ans de cohabitation. D'une part, il est réputé pour sa tendance à attaquer les poules, ce qui lui a valu le surnom folklorique de « tigre attrape-poules ». Avec l'évolution des pratiques agricoles après la dynastie Han, passant d'un élevage en plein air à des systèmes en cage, les conflits entre humains et chats léopard ont probablement augmenté, les rendant indésirables dans les villages. Parallèlement, des changements climatiques et sociaux, notamment une période plus froide et plus sèche, ont transformé les paysages agricoles et réduit les niche écologiques disponibles près des habitations. Ces conditions ont poussé le chat léopard à retourner vers ses habitats forestiers naturels, où il existe encore aujourd'hui.

Ces récentes découvertes relancent le débat sur le rôle de l'Égypte ancienne dans l'histoire des chats domestiques. Les représentations de chats dans les tombes égyptiennes montrent des animaux intégrés à la vie familiale, portant des bijoux ou partageant les repas. Toutefois, on ignore si l'Égypte fut le véritable lieu de domestication ou simplement un centre important où des chats déjà commensaux sont devenus des compagnons. Malgré ces avancées, les chercheurs soulignent que l'histoire des chats demeure incomplète. Il manque encore des échantillons d'Afrique du Nord et d'Asie de l'Ouest pour mieux comprendre comment Felis catus, notre cher compagnon de tous les jours, s'est répandu.