Est-ce que le contrôleur en poste à LaGuardia au moment de la collision mortelle de l’avion d’Air Canada occupait deux fonctions en même temps?
Après avoir écouté l’enregistrement audio de ce dernier, Michael McCormick – ancien gestionnaire de la circulation aérienne à la Federal Aviation Administration (FAA) – affirme à CNN que la voix qui ordonnait au camion de traverser la piste est la même que celle qui autorisait l’atterrissage des avions. Dans la ligne de mire des enquêteurs du Conseil national de la sécurité des transports (NTSB): le rôle joué par les deux contrôleurs aériens en poste durant le quart de nuit.
« On ne sait pas exactement qui assurait les fonctions de contrôle au sol. Nous disposons d’informations contradictoires », a déclaré Jennifer Homendy, présidente de cette agence indépendante, lors d’une conférence de presse à l’aéroport LaGuardia, mardi.
Une «pratique habituelle» du quart de nuit
Selon le NTSB, avoir deux contrôleurs en poste constitue une «pratique habituelle» du quart de nuit à LaGuardia, bien cela équivaut au travail réalisé par quatre personnes en journée. «Nous savons que ce contrôleur est resté en service pendant plusieurs minutes après l’incident, alors qu’il aurait normalement dû être relevé.
Cela soulève des questions», a indiqué Homendy.
Selon The Atlantic, peu importe qu’une équipe de deux personnes soit la norme, le fait qu’un seul contrôleur ait été responsable, ne serait-ce qu’un court instant, de diriger autant d’opérations simultanées représente une réduction brutale des marges de sécurité acceptables pour l’aéroport. Un tel environnement, surtout lorsque des événements variés s’enchaînent rapidement, comme ce fut le cas dimanche soir, peut provoquer ce que les aviateurs appellent une «saturation de tâches».
«Beaucoup de choses ont mal tourné», affirme le NTSB
La patronne du NTSB a appelé à la prudence avant d’attribuer la tragédie à la distraction du personnel « C’est un environnement avec une lourde charge de travail », a-t-elle insisté.
Le NTSB avait déjà exprimé des préoccupations, lors d’autres enquêtes, concernant la fatigue durant les quarts de nuit à effectif réduit.
« Nous ne savons pas si c’est un facteur en cause ici, mais c’est un quart de travail sur lequel nous nous sommes concentrés lors d’enquêtes passées. Le système aérien américain comportant de multiples couches de défense conçues pour prévenir les accidents, quand quelque chose se passe mal, cela signifie que beaucoup, beaucoup de choses ont mal tourné», a-t-elle souligné.
Le système de surveillance ASDE-X
Une autre piste d’enquête sur laquelle se penchera le NTSB : le fait que le système de surveillance censé informer les contrôleurs des mouvements de surface sur la piste (le système ASDE-X) – n’ait pas fonctionné.
Jennifer Homendy a aussi indiqué que contrairement à d’autres véhicules, le camion de pompiers n’était pas équipé d’un transpondeur qui aurait pu communiquer l’emplacement du camion au système ASDE-X. Dans certains aéroports, les camions de pompiers en possèdent.
Les contrôleurs aériens, ainsi que les deux pompiers présents dans le camion, hospitalisés après l’accident, doivent être entendus.
«Truck 1. Stop», avait averti le contrôleur
Dimanche, vers 23h45, un avion d’Air Canada transportant 72 passagers et 4 membres d’équipage a atterri et percuté un camion de pompiers quelques instants plus tard. Dans cet accident, le pilote et le co-pilote ont perdu la vie.
Avant la collision, sur la fréquence radio du contrôle aérien, on peut entendre un contrôleur autoriser le véhicule d’urgence à traverser une partie du tarmac pour se rendre sur les lieux d’une autre intervention, puis tenter de l’arrêter au dernier instant. « Stop, Truck 1. Stop », dit-il à plusieurs reprises sur la transmission radio.
Le contrôleur détourne ensuite frénétiquement les autres avions en approche.
Le pilote et son co-pilote décédés
Dans cet accident, les pilote Antoine Forest, un homme 30 ans de Coteau-du-Lac, et l’Ontarien Mackenzie Gunther sont décédés.
Rappelons que LaGuardia est le troisième aéroport desservant New York, avec 32,8 millions de passagers en 2025, selon les chiffres de l’autorité portuaire.
Situé dans l’arrondissement du Queens, il se trouve au bord de la baie de Flushing, à l’est de Manhattan, et dispose de deux pistes principales qui se croisent.
Des signaux d'alarme dans le passé
Dans le passé, de nombreux rapports ont détaillé des situations où des collisions à LaGuardia ont été évitées de justesse, selon l’analyse par CNN du système de signalement volontaire. Par exemple, en octobre dernier, deux avions régionaux de Delta Airlines sont entrés en collision sur une voie de circulation de l’aéroport LaGuardia.
Bien que ces rapports soient examinés par une équipe d’analystes de sécurité chargés d’alerter l’Administration fédérale de l’aviation (FAA) de tout danger, les détails individuels de chaque rapport n’ont pas nécessairement été vérifiés par les autorités de régulation gouvernementales.
«S’il vous plaît, faites quelque chose»
«S’il vous plaît, faites quelque chose», avait écrit un pilote l’été dernier dans l’un des nombreux rapports concernant l’aéroport LaGuardia adressés au système de signalement de la sécurité aérienne de la NASA. Dans son rapport, il avait notamment parlé d’un incident évité de justesse alors que les contrôleurs aériens n’avaient pas fourni les bonnes instructions sur plusieurs avions étant à proximité.
«Le rythme des opérations s’accélère à LGA (LaGuardia). Les contrôleurs repoussent les limites», avait écrit le pilote. «Les jours d’orage, LGA commence à ressembler à ce qu’était [l’aéroport de Washington Ronald-Reagan] avant l’accident qui s’y est produit.»