Disney poursuit la FCC en justice et demande une ordonnance restrictive face aux « mesures de représailles » de l’administration Trump
Le conflit qui ne cesse de s’intensifier entre l’un des plus grands groupes médiatiques américains et le gouvernement fédéral s’est porté devant les tribunaux, ouvrant ainsi une bataille juridique dont les conséquences pourraient se répercuter sur les diffuseurs de tout le pays. Ce litige porte sur le pouvoir de régulation fédéral, les pressions politiques et l’indépendance éditoriale, alors que Disney sollicite une intervention judiciaire immédiate dans une affaire qui pourrait mettre à l’épreuve les limites du contrôle gouvernemental lorsque les contenus télévisés deviennent source de conflit politique.
Disney poursuit la FCC en justice
La Walt Disney Company et sa filiale ABC ont intenté une action en justice devant un tribunal fédéral de Washington, D.C., en vertu du Premier amendement, contre la Commission fédérale des communications (FCC), accusant cette dernière de mener une campagne illégale et motivée par des considérations politiques à l’encontre de la chaîne. Disney affirme que la FCC a utilisé son pouvoir réglementaire pour sanctionner ABC en raison de programmes auxquels s’opposait l’administration Trump.
Disney demande l'intervention immédiate d'un tribunal
Disney demande au tribunal fédéral une ordonnance de restriction temporaire et une injonction préliminaire visant à empêcher la FCC de poursuivre son examen accéléré des licences de diffusion détenues par huit chaînes de télévision appartenant à ABC. Selon la société, ces chaînes n’auraient normalement pas dû entamer la procédure fédérale de renouvellement de licence avant 2028 au plus tôt.
Une prétendue « campagne de représailles »
Au cœur de l’argumentation constitutionnelle de Disney se trouve l’allégation selon laquelle le gouvernement aurait pris pour cible ABC en raison des contenus diffusés par la chaîne et de ses choix éditoriaux protégés par le Premier amendement. Dans sa plainte, Disney qualifie les actions du gouvernement de « campagne de représailles » et fait valoir que l’autorité réglementaire fédérale ne peut légalement être utilisée pour sanctionner des propos protégés.
ABC doit faire face à des renouvellements anticipés de licence
Le conflit s’est intensifié lorsque la FCC a exigé que Disney et ABC demandent le renouvellement anticipé des autorisations couvrant les huit chaînes de télévision détenues par ABC, plusieurs années avant leurs dates de renouvellement habituelles. Les autorisations de diffusion télévisuelle s’inscrivant généralement dans des cycles pluriannuels bien établis, la décision d’accélérer ce processus constitue un élément central de la contestation engagée par Disney à l’encontre de l’agence fédérale.
Disney remet en cause les motivations de la FCC
La FCC soutient que ses pouvoirs lui permettent de demander des renouvellements anticipés lorsque cela s’avère nécessaire pour mener des enquêtes réglementaires. Disney conteste les circonstances qui ont présidé à cette décision, faisant valoir que cette procédure accélérée soumet ses chaînes à un contrôle fédéral immédiat, tout en exposant potentiellement l’entreprise à de longues procédures et à une incertitude quant aux licences indispensables à l’exploitation de ses chaînes de télévision.
Analyse des politiques de Disney en matière de diversité, d'équité et d'inclusion (DEI)
Ce conflit réglementaire concerne également une enquête menée par la FCC sur les pratiques de Disney en matière de diversité, d’équité et d’inclusion. La commission a examiné si les politiques de l’entreprise en matière d’emploi respectaient les exigences fédérales en matière d’égalité dans l’emploi. Dans sa plainte, Disney présente cette enquête comme s’inscrivant dans une série plus large de mesures réglementaires qui se sont intensifiées alors que l’administration Trump critiquait publiquement ABC et les programmes diffusés par la chaîne.
Le point de vue fait désormais partie du litige
Un autre litige réglementaire a concerné l’émission « The View » et son traitement au regard des règles fédérales relatives à l’égalité de temps d’antenne applicables aux candidats politiques. La FCC s’est interrogée sur la question de savoir si cette émission diffusée en journée pouvait bénéficier de l’exemption prévue pour les programmes d’information authentiques, traditionnellement appliquée dans ce domaine. Disney fait valoir qu’un tel examen pourrait entraver la capacité d’ABC à prendre des décisions éditoriales indépendantes concernant les invités politiques et la programmation.
Trump s'en prend à Jimmy Kimmel
Les tensions se sont encore aggravées en avril après que Jimmy Kimmel a diffusé un monologue mettant en cause Melania Trump, ce qui a suscité une réaction publique virulente de la part de Trump. Dans un long message publié sur Truth Social critiquant l’animateur de l’émission de fin de soirée, Trump a directement appelé Disney et ABC à écarter Kimmel de la télévision, écrivant : « Jimmy Kimmel devrait être immédiatement licencié par Disney et ABC. »
Disney établit un lien entre les pressions politiques et la réglementation
Disney fait valoir que les mesures réglementaires visant ABC ne peuvent être dissociées des critiques répétées formulées à l’encontre de la chaîne par Donald Trump et son administration. Ce bras de fer fait également suite à des tensions antérieures entre Donald Trump et ABC News, notamment le règlement à l’amiable de plusieurs millions de dollars conclu par la chaîne dans le cadre d’un autre procès en diffamation intenté par Donald Trump et portant sur des propos tenus par le présentateur George Stephanopoulos.
Une division se dessine au sein de la FCC
Ce bras de fer a également mis en évidence des divisions au sein de la FCC. La commissaire démocrate Anna Gomez a publiquement critiqué les mesures prises par l’agence et a soutenu la décision de Disney de les contester devant un tribunal fédéral. Mme Gomez a qualifié l’approche du gouvernement de « campagne de censure soutenue et coordonnée » et d’« atteinte flagrante au Premier Amendement », ce qui l’a placée en désaccord direct avec la direction de la commission.
Une affaire aux répercussions plus larges
Le président de la FCC, Brendan Carr, a défendu le pouvoir de la commission de contrôler les entreprises titulaires de licences fédérales de radiodiffusion, tandis que l’agence soutient que les diffuseurs doivent se conformer à la législation fédérale et servir l’intérêt général. Disney fait valoir que les implications s’étendent à l’ensemble du secteur des médias, laissant aux tribunaux le soin de déterminer si la FCC a exercé un contrôle légitime ou s’il s’agissait de représailles anticonstitutionnelles à l’encontre d’une liberté d’expression protégée.