Un conflit prolongé entre les États-Unis et l’Iran suscite des inquiétudes croissantes parmi les économistes du monde entier, alors que les perturbations de l’approvisionnement énergétique et des marchés financiers commencent à se répercuter sur l’économie mondiale.
Alors que le détroit d’Ormuz est sous pression et qu’aucune solution n’est en vue après des semaines de tensions croissantes, les experts préviennent que la situation pourrait avoir des conséquences de grande envergure au-delà de la région. Le Fonds monétaire international a signalé des risques croissants pour la stabilité financière mondiale, citant l’inflation, la volatilité des marchés et le resserrement des conditions de crédit comme principales menaces. À mesure que le conflit s’éternise, les craintes s’intensifient quant à la possibilité que le monde soit poussé vers une récession économique mondiale.
Rapport sur la stabilité financière mondiale d'avril
Le conflit qui oppose actuellement les États-Unis et l’Iran suscite de plus en plus d’inquiétudes parmi les institutions économiques mondiales, le Fonds monétaire international (FMI) mettant en garde contre le fait qu’un conflit prolongé pourrait plonger le monde dans la récession.
Selon son Rapport sur la stabilité financière mondiale publié en avril, la situation au Moyen-Orient a déjà commencé à peser sur les marchés financiers, d’autant plus que le détroit d’Ormuz est menacé de perturbation et que le conflit entre dans sa sixième semaine sans issue claire. Le FMI met en garde contre les « risques élevés pour la stabilité financière » auxquels le système mondial est désormais confronté, alimentés par la guerre, les pressions inflationnistes et le resserrement des conditions financières, créant un environnement fragile pour la croissance.
Au Moyen-Orient
Le rapport souligne l’impact que le conflit a déjà sur les marchés mondiaux, notant que « les marchés financiers sont aux prises avec la guerre qui fait rage au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions inflationnistes renouvelées et de risques croissants d’un resserrement plus marqué des conditions financières mondiales ».
Depuis fin février, les prix de l’énergie ont bondi, contribuant à la chute des cours boursiers et à la hausse des rendements obligataires. Ces évolutions reflètent une incertitude croissante, les investisseurs réajustant leurs anticipations en matière d’inflation et de taux d’intérêt. Les marchés émergents, en particulier ceux qui dépendent des matières premières importées, ont été touchés de manière disproportionnée, ce qui montre à quel point un conflit localisé peut rapidement avoir des répercussions économiques mondiales.
Le risque
L’une des principales préoccupations identifiées par le FMI est le risque d’amplification, c’est-à-dire la propagation des tensions initiales sur les marchés vers une instabilité financière plus générale. Le rapport met en garde contre le fait que «plusieurs canaux d’amplification pourraient transformer les tensions sur les marchés en une instabilité financière plus générale», notamment les sorties de capitaux, la volatilité des devises et les positions financières à effet de levier.
Dans les marchés émergents, le retrait des flux d’investissement pourrait intensifier la pression sur des économies déjà fragiles. Parallèlement, les niveaux élevés d’endettement et le recours au financement à court terme dans les économies avancées augmentent le risque de crises de refinancement, créant un scénario dans lequel l’instabilité se propage simultanément à travers plusieurs systèmes financiers.
Perturbations dans l'approvisionnement énergétique
Le FMI met également en avant des vulnérabilités structurelles susceptibles d’aggraver l’impact d’un conflit prolongé, notamment le niveau élevé d’endettement des institutions financières non bancaires et leur sensibilité accrue au climat de risque mondial.
Il note que « le niveau élevé d’endettement des intermédiaires financiers non bancaires […] pourrait exacerber la volatilité par le biais d’un désendettement forcé et de tensions sur la liquidité », augmentant ainsi la probabilité de corrections soudaines sur les marchés. Le rapport souligne en outre que les chocs d’offre répétés ont affaibli les stabilisateurs traditionnels du marché, augmentant le risque de baisses simultanées sur les marchés boursiers et obligataires. De telles conditions, combinées à des perturbations énergétiques persistantes, pourraient ralentir considérablement la croissance mondiale tout en alimentant l’inflation.
Le détroit d'Ormuz
L’escalade des tensions est étroitement liée aux actions menées par les États-Unis dans le détroit d’Ormuz, un corridor vital pour les transports mondiaux de pétrole. Donald Trump a défendu la décision d’imposer un blocus, la présentant comme une mesure nécessaire suite à l’échec des efforts diplomatiques avec l’Iran. Dans un message publié sur Truth Social, il a annoncé :
«Les États-Unis bloqueront les navires entrant ou sortant des ports iraniens le 13 avril à 10 h 00 (heure de l’Est). Merci de votre attention à ce sujet ! Le président DJT». Il a ensuite renforcé cet avertissement par un message plus agressif, déclarant que tout navire iranien s’approchant du blocus serait «immédiatement ÉLIMINÉ», signalant ainsi sa volonté de faire respecter cette mesure par des moyens militaires.
Dans le monde entier
Alors que le conflit se poursuit sans perspective immédiate de résolution, les économistes mettent en garde contre les conséquences considérables qu’une perturbation prolongée des marchés énergétiques pourrait entraîner.
Le détroit d’Ormuz assure une part importante de l’approvisionnement mondial en pétrole, et toute restriction prolongée pourrait faire grimper les prix, alimentant l’inflation et ralentissant l’activité économique à l’échelle mondiale. Le FMI souligne que des mesures politiques décisives sont nécessaires pour maintenir la stabilité, avertissant que l’incapacité à contenir les tensions financières pourrait entraîner des risques systémiques plus larges.
Face à la convergence des tensions géopolitiques et de la fragilité économique, les perspectives restent incertaines, et le risque d’une récession mondiale devient de plus en plus difficile à ignorer.