Le président français Emmanuel Macron a annoncé que la France augmentera son arsenal de têtes nucléaires et que les alliés européens pourront «participer aux exercices» de dissuasion française. «J’ai ordonné d’augmenter le nombre de têtes nucléaires de notre arsenal», a déclaré le chef d’État, à la base stratégique de l’Île Longue (Finistère), où sont stationnés les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Selon les données de la Federation of American Scientists, la France possèderait actuellement 290 ogives nucléaires.
«Des temps d'incertitude», selon Macron
«Nous ne communiquerons plus sur les chiffres de notre arsenal nucléaire, contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé […] Mais il ne s’agit pas ici d’entrer dans une quelconque course aux armements.
Cela n’a jamais été notre doctrine », a-t-il précisé.
«Devant la nation, dans ces temps d’incertitude, je le redis avec force: en ma qualité de président, je n’hésiterai jamais à prendre les décisions qui seraient indispensables à la protection de nos intérêts vitaux. Si on devait utiliser notre arsenal [nucléaire], aucun État ne pourrait s’y soustraire», a insisté le président français.
L'opération israélo-américaine en Iran
Cette intervention de Macron, prévue de longue date, intervient deux jours après le déclenchement de l’opération israélo-américaine en Iran ayant conduit à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei.
Cette guerre «porte et portera son lot d’instabilité et d’embrasement possible à nos frontières», a averti le président français. À cela s’ajoute la pression de la Russie – qui agite régulièrement la menace d’une confrontation nucléaire depuis le début de son invasion de l’Ukraine en 2022 – ainsi que les doutes grandissants sur la fiabilité des États-Unis.
La dimension européenne de la dissuasion française
«Notre dissuasion est robuste et efficace; tous ceux qui auraient l’audace de s’en prendre à la France savent le prix insoutenable qu’il y aurait pour eux à payer», a insisté le président français dans son discours.
«Pour être libre, il faut être craint.»
Les intérêts de la France, une des deux puissances nucléaires d’Europe avec le Royaume-Uni, «ne peuvent se confondre avec le seul tracé de nos frontières nationales», a-t-il poursuit, rappelant la dimension européenne de la dissuasion française depuis l’époque du général de Gaulle.
«Nos partenaires sont prêts», affirme Macron
Devant la multiplication des risques, la France doit donc passer à «une tout autre étape», soit la «dissuasion avancée». Cette initiative serait déployée au-delà des frontières françaises. «Nos partenaires sont prêts», a-t-il affirmé le président Macron, en citant huit pays européens: le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
«La coopération commencera avec des exercices communs», et ce, «en pleine transparence avec les États-Unis». Ces nations pourront accueillir des «forces aériennes stratégiques» de l’armée de l’air française, ce qui leur permettra de «se déployer sur tout le continent européen». Le président français a affirmé que cet effort nucléaire reste «parfaitement complémentaire [à] celui de l’OTAN, au plan stratégique comme au plan technique.»
L’Allemagne comme partenaire clé
«L’Allemagne sera un partenaire clé de cet effort», a souligné le président Macron. Les deux pays ont annoncé dans la foulée la mise en place d’un «groupe de pilotage nucléaire» commun.
Peu après son allocution, la France et l’Allemagne ont publié une déclaration commune en s’engageant «à prendre des mesures concrètes dès cette année, notamment la participation de l’Allemagne aux exercices nucléaires français, des visites conjointes sur des sites stratégiques et le développement de capacités conventionnelles avec leurs partenaires européens.»
La France souveraine dans l’emploi de la force
Le président français a martelé que la France resterait souveraine dans l’emploi de la force. «[La dissuasion française] doit demeurer un intangible français […] Il n’y aura aucun partage de la décision ultime, ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre; elle appartient au seul président de la République.»
La France est la seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Dans le monde, neuf pays possèdent l’arme atomique: la Russie, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Chine, l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord.
Un arsenal de 290 têtes nucléaires en France
Parmi ces pays, seuls les cinq premiers sont membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et sont juridiquement reconnus comme officiellement dotés de cette arme par le Traité sur la non-prolifération nucléaire, entré en vigueur en 1970.
Alors que la France détient 290 têtes nucléaires actuellement, la Russie et les États-Unis, eux, en possèdent chacun un peu plus de 1700 têtes déployées. La Chine en possède 600 en stock ou déployées et le Royaume-Uni 225, selon le centre de réflexion suédois SIPRI.