Crise à Cuba : le Mexique envoie une aide d’urgence, mais Trump veut un blocus total
Deux navires de la marine mexicaine ont accosté à La Havane avec à leur bord plus de 800 tonnes de fournitures humanitaires, offrant ainsi une bouée de sauvetage à Cuba alors que l’île est confrontée à une crise énergétique qui s’aggrave, marquée par des coupures d’électricité, des rationnements et des perturbations dans le transport aérien. La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a déclaré :
« Nous enverrons davantage d’aide de différentes natures. »
Ces livraisons interviennent alors que les pressions américaines s’intensifient après que le président Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays qui fournissent du pétrole à Cuba. Une fiche d’information de la Maison Blanche liée au décret présidentiel de Donald Trump du 29 janvier stipule :
« Le décret impose un nouveau système tarifaire qui permet aux États-Unis d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de tout pays qui fournit directement ou indirectement du pétrole à Cuba. »
800 tonnes
Le Mexique a apporté jeudi une aide vitale à Cuba, lorsque deux navires de la marine mexicaine ont accosté à La Havane avec à leur bord plus de 800 tonnes de fournitures humanitaires. Selon les autorités mexicaines, l’un des navires transportait 536 tonnes de denrées alimentaires, notamment du lait, du riz, des haricots, des sardines, des produits carnés, des biscuits, du thon en conserve et de l’huile végétale, ainsi que des articles d’hygiène, tandis que le second navire transportait plus de 277 tonnes de lait en poudre.
La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a indiqué que cette aide ne serait pas ponctuelle, déclarant :
« Nous enverrons d’autres types d’aide. » Cette livraison arrive alors que Cuba est confrontée à des difficultés économiques croissantes, avec des pénuries dans tous les secteurs et une pénurie de carburant qui perturbe les services essentiels. Pour La Havane, cette livraison mexicaine représente à la fois une aide d’urgence et un signal politique de soutien régional dans un contexte de pression extérieure croissante.
Perturbations des transports
La crise énergétique à Cuba s’est aggravée ces dernières semaines, entraînant des coupures de courant généralisées, le rationnement du carburant et des perturbations dans les transports à travers toute l’île.
Les autorités aéronautiques cubaines ont averti les compagnies aériennes que les réserves de carburant disponibles pour ravitailler les avions localement étaient insuffisantes, ce qui a conduit Air Canada à suspendre ses vols et d’autres transporteurs à effectuer des escales techniques à l’étranger avant de poursuivre leur route vers La Havane.
Les autorités ont réduit les heures d’ouverture des banques, suspendu les événements culturels et limité les ventes d’essence à 20 litres par client, payable uniquement en dollars américains. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a qualifié la situation de « blocus énergétique », avertissant qu’elle affectait « les transports, les hôpitaux, les écoles, le tourisme et la production alimentaire ».
Le tourisme, qui était autrefois une source de revenus essentielle, a subi de nouveaux revers, la pénurie de carburant aggravant les difficultés économiques actuelles.
Approvisionnement en pétrole de Cuba
La crise s’est intensifiée après que le président Donald Trump a menacé d’imposer des droits de douane aux pays qui continuent à fournir du pétrole à Cuba, une mesure qui a considérablement accru l’incertitude pour les partenaires énergétiques restants de La Havane.
La Maison-Blanche a officialisé cette approche par un décret signé le 29 janvier. Une fiche d’information accompagnant le décret stipule :
« Le décret impose un nouveau système tarifaire qui permet aux États-Unis d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance de tout pays qui fournit directement ou indirectement du pétrole à Cuba. » Le décret a déclaré l’état d’urgence national et autorisé l’imposition de droits de douane supplémentaires sur les importations en provenance des pays qui maintiennent des voies d’approvisionnement en pétrole vers l’île, élargissant ainsi la pression américaine au-delà des sanctions bilatérales directes.
Pression économique
Ce mécanisme tarifaire représente une escalade significative, car il vise le commerce avec des tiers plutôt que de limiter les sanctions aux seules entités cubaines.
En menaçant d’imposer des droits supplémentaires sur les importations en provenance des pays qui exportent du pétrole vers Cuba, Washington a effectivement introduit une forme de pression économique secondaire.
Cette politique augmente les risques pour les exportateurs d’énergie, les raffineurs et les entreprises de transport qui pourraient envisager de poursuivre leurs expéditions. Les responsables américains affirment que cette mesure vise à contrer ce que l’administration décrit comme des alliances et des pratiques de gouvernance déstabilisatrices à La Havane. Les autorités cubaines soutiennent toutefois que les conséquences touchent principalement les civils qui sont déjà confrontés à l’inflation, aux pénuries et à un accès réduit aux biens essentiels.
Dialogue diplomatique
La dynamique énergétique régionale a encore compliqué la situation de Cuba.
L’île dépendait historiquement des livraisons de pétrole en provenance du Venezuela, mais ces flux ont été interrompus au début de l’année après les mesures prises par les États-Unis à l’encontre des dirigeants vénézuéliens. La compagnie pétrolière publique mexicaine Pemex avait déjà suspendu ses livraisons de brut à Cuba en janvier, avant l’annonce des droits de douane par Donald Trump, bien que les responsables n’aient pas publiquement détaillé les raisons de cette interruption.
Le Mexique a présenté ses livraisons humanitaires comme distinctes des exportations de pétrole, tout en poursuivant le dialogue diplomatique. Sheinbaum a déclaré que le Mexique cherchait à garantir que Cuba « puisse recevoir du pétrole et ses dérivés pour ses opérations quotidiennes », même si les tensions avec Washington ne cessent de s’intensifier.
Le deuxième mandat de Trump
Les responsables cubains estiment que les sanctions renforcées pendant le second mandat de Trump ont coûté plus de 7,5 milliards de dollars au pays entre mars 2024 et février 2025, aggravant les pénuries déjà alimentées par la faiblesse économique structurelle et la baisse des recettes touristiques.
Si l’envoi d’urgence du Mexique apporte un soulagement immédiat, il ne résout pas pour autant la crise énergétique sous-jacente qui continue de perturber les transports, l’aviation et le commerce quotidien. La menace de droits de douane américains reste un facteur de pression important, car elle dissuade les fournisseurs étrangers de maintenir leurs livraisons de pétrole à La Havane.
Les autorités cubaines affirment que cette politique équivaut à une punition collective, tandis que Washington la présente comme un outil visant à forcer un changement politique et économique. Avec l’extension du rationnement énergétique et la réduction des activités des compagnies aériennes, Cuba est confrontée à une incertitude prolongée quant à la manière dont elle va stabiliser son approvisionnement en carburant dans les semaines à venir.